La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Le premier venu de Jacques Doillon et Trois heures dix pour Yuma de James Mangold

Le premier venu de Jacques Doillon et Trois heures dix pour Yuma de James Mangold

Le premier venu : Film français, belge. Date de sortie : 02 Avril 2008
Écrit et réaliséalisé par Jacques Doillon
Avec Clémentine Beaugrand, Gérald Thomassin, Guillaume Saurrel...
Genre : Drame - Durée : 2h 3min.
Production (2007): Liaison Cinématographique, France - Artemis Production, Belgique
Distribué par Pyramide Distribution
Attachée de presse : Marie Queysanne

Trois heures dix pour Yuma (Titre original : 3:10 to Yuma) : Film américain. - Date de sortie : 26 Mars 2008
Réalisé par James Mangold
Scénaristes : Derek Haas et Michael Brandt d'après l'oeuvre de Elmore Leonard
Avec Russell Crowe, Christian Bale, Peter Fonda...
Genre : Western - Durée : 2h 2min.
Production (2007) : Konrad Pictures, U.S.A. - Lions Gate Films Inc., U.S.A. - Relativity Media, U.S.A.
Remake de "Trois heures dix pour Yuma" de Delmer Daves (1957)
Distribué par TFM Distribution
Attachés de presse : Sophie Saleyron et Jean-Pierre Vincent

VARIER LES PLAISIRS (ou Jacques et James)

Le premier venuTrois heures dix pour YumaPour commencer le printemps: un western flamboyant et le nouveau Jacques Doillon, “Le premier venu”. Le western c’est “3h10 pour Yuma”, remake d’un classique de Delmer Daves de 1957, que James Mangold reprend, fidèle à son enthousiasme d’adolescent et infidèle pour apporter du nouveau. Film brillant, tourné avec une science du montage et du cadre qui captive pendant deux heures. La maîtrise du récit est imparable. On est subjugué par le déroulement de l’action, et encore étonné: 105 ans après “The Great Train Robbery”, le premier des westerns, le genre fonctionne toujours, increvable même dans ses figures les plus convenues. L’héroïsme de l’homme ordinaire, les outlaws sanguinaires, l’enfant qui apprend la violence, le ranch de pionniers à la merci de la violence de l’Ouest, les Indiens furtifs, l’affrontement final de tous contre un seul et l’heure qui tourne, annonçant le délai fatal qui marquera la fin du film et le triomphe ou pas du droit contre le mal. Tous ces clichés cessent de l’être grâce au talent de Mangold, on dira même, c’est un compliment, grâce à son savoir-faire. Un clin d’œil final, à peine marqué, sauve même le film de l’esprit de sérieux qui le menaçait ici ou là. Les 123 minutes du Doillon sont aussi passionnantes que les 122 du Mangold. Mais le western ici se déroule entre des blocs de sentiments, même si on entrevoit des armes, des bons et des méchants, des héros solitaires et un combat final. Une fille mystérieuse débarque en Baie de Somme, poursuit un homme perdu pour d’incompréhensibles raisons, subjugue et irrite un petit flic local. Le mystère des personnages est constant, leur relation est décrite avec obstination, à la façon de Dostoievski, adapté naguère par Doillon. L’acharnement que met “la fille” à poursuivre “le garçon” est celui-là même que met le cinéaste à construire son film. Le film de Mangold est brillantissime et assez superficiel. Celui de Doillon profond, ramassé, soumet le spectateur à un suspense haletant. Tous deux racontent admirablement les histoires. D’un côté, une promotion mondiale, de l’autre un cinéaste extraordinaire qui a encore dû renverser des montagnes pour trouver le peu d’argent qu’il lui fallait. Leur combat est peut-être le même.

René MARX (article publié dans Fenêtres sur Cours)

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