La vie des films : Le promeneur du Champ-de-Mars de Robert Guédiguian


Le promeneur du Champ-de-Mars de Robert Guédiguian


Le promeneur du Champ-de-MarsC’est un film qui durera, au delà des commentaires de circonstance. Pas une chronique d’actualité mais un questionnement sur le pouvoir et la marche de l’histoire. Le grand acteur Michel Bouquet interpréte ici… un grand acteur! Vertige, mise en abyme du paradoxe du comédien, animation sur l’écran de la multiplication du mensonge et de la sincérité, des aventures de la vérité, des risques et des infirmités de l’action politique. La sympathie qu’affichent le cinéaste et l’acteur pour leur personnage dans les journaux ne doivent pas faire croire que celui-ci est “sympathique” sur l’écran. C’est plus intéressant: comment un homme arrivé aussi “haut” pourrait-il être simplement “sympathique”? Comment attendre de lui qu’il ne mente pas, qu’il ne séduise pas, qu’il ne manipule pas? Le film montre donc un séducteur. Ce qui est passionnant c’est qu’il montre aussi son vis-à-vis, qui n’est pas du tout un naïf, mais un homme normalement constitué face à une manière de monstre: le roi, en fait.
C’est une version du “Roi se meurt” mais avec un spectateur sur l’écran qui représente celui qui est dans la salle. Par un coup de baguette magique qu’il ne comprend pas, on voit l’homme du quotidien face au sorcier mourant, au coeur même de son antre. Et si le film traite donc de sujets antiques, il a la force de traiter aussi, avec pertinence, de questions situées historiquement, telles que les ambiguités de l’après 1981 vis-à-vis de l’héritage ouvrier, les trahisons, les fidélités et les renoncements. Jusqu’aux mystères d’un Mitterrand vichyste et résistant, protégeant Bousquet et sauvant la vie de Robert Antelme. Mitterrand, c’est à noter, dont le nom n’est jamais prononcé au cours de ce film exceptionnel.


René MARX (article publié en 2005 dans Fenêtres sur Cours)

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