La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Le rideau de sucre de Camila Guzmán Urzúa

Le rideau de sucre de Camila Guzmán Urzúa

Documentaire chilien, français - Titre original : El Telón de azucar - Année de production : 2006 - Date de sortie : 10 Octobre 2007 - Durée : 1h20min.

Abuela Amalia
Paloma Urzúa Theoduloz
Margarita Echazábal Acosta
Juan Carlos Torrente Rodríguez
Shura López Morán
Loraine Jiménez Carralero
Vanito Caballero Brown
José Luis Medina
Boris Larramendi

Réalisation, scénario : CAMILA GUZMÁN URZÚA
Montage : CLAUDIO MARTINEZ
Musique : OMAR SOSA
Mixage : JEAN-JACQUES QUINET
Prise de Son : CLAUDIA SOTO MANSILLA
Image : CAMILA GUZMÁN URZÚA
Production : NATHALIE TRAFFORD
Production : Paraíso Production Difusion
Distribué par Epicentre Films

Avec la participation financière de TVE (Espagne), du Centre National de la Cinématographie, et le soutien de l’EICTV (Cuba), de Cinéma en Construction, San Sebastián et de la Région Île-de-France

Prix du MEILLEUR REALISATEUR, SANFIC Chili 2007
Prix FIPRESCI, BAFICI Argentine 2007
Prix MARCORELLES, Festival du Cinéma du Réel, Paris 2007
Prix SIGNIS, Rencontres Cinémas d’Amérique Latine, Toulouse 2007
1er Prix « L’ÎLE D'OR » et PRIX DU PUBLIC Festival du Film Insulaire de l’Ile de Groix 2007

Le rideau de sucre"S'habituer, se résigner, ou "inventar""
" Inventar" est une expression cubaine qui signifie plus que sa traduction littérale, inventer, puisqu'elle symbolise tout un concept : faire avec ce que l'on a mais aussi avec ce que l'on n'a pas, ce qui va de cuisiner sans matière grasse à garder ses cartes de rationnement puisqu'il n'y a plus rien à recevoir en échange, échanger donc avec son voisin, voire voler. Camila Guzmán Urzúa est née à Santiago du Chili en 1971. Lorsqu'elle va avoir deux ans, sa famille s’exile à La Havane, suite au coup d’Etat militaire. Sa mère évoque, pleine d'un silence fort émouvant, ces jours de fuite puis la gratuité offerte par Cuba, l'île qui les a sauvés et leur a donné pendant quinze ans la stabilité à laquelle tout être devrait avoir droit et sans laquelle il ne peut se construire. Une paire d'années plus tard ses parents se séparent et c'est son père, le cinéaste Patricio Guzmán, qui part. Camila attendra 1990 pour quitter Cuba à son tour, vivant en Espagne, en Angleterre, au Chili et, depuis sept ans, en France, à Paris, une de ces villes où ses amis se sont éparpillés, comme une longue liste de renoncements, de mélancolies, de souvenirs indélébiles d'un temps où la vie n'était pas matérielle mais idéaliste et heureuse. Aujourd'hui quatre millions d'exilés. Elle étudie le cinéma au Collège of Printing and Distributive Trades (LCPDT) de Londres et aux Ateliers Varan à Paris. Elle travaille comme assistante réalisatrice et chargée de production sur des films documentaires (Le Cas Pinochet de Patricio Guzmán ; Pablo Neruda d’Amalia Escriva ; María Felix, la doña de Carmen Castillo) et des films de fiction (L’enthousiasme de Ricardo Larraín). LE RIDEAU DE SUCRE est son premier film. Joli titre pour un propos qui n'est pas tout à fait sucré mais rappelle au contraire que les goûters de l'enfance de la Révolution ont eu une fin, avec la chute du mur de Berlin, l'abandon soviétique, et l'avènement de la "période spéciale", à l'heure où que ce qui était fêté d'un côté du monde, la réunification de l'Allemagne, allait rapidement transformer l'île de Cuba, coupée du monde, en un espace affamé, là où la population n'avait pas encore pris conscience qu'elle n'était pas auto-suffisante et que le sucre sur les biscuits, puis les biscuits, allaient disparaître pour laisser place au désenchantement... jusqu'à l'ouverture au dollar et au tourisme, divisant alors Cuba comme en un terrible boomerang. Le film n'est pourtant pas vraiment politique - parfois l'on se met à regretter que les interviews ne concernent au fond que le changement de quotidien survenu dans l'île, ne donnant pas la parole à des politiciens ou à des historiens, et ne dise que quelques mots sur les excès castristes - mais c'est son choix de point de vue - la réalisatrice a choisi d'évoquer ce double sentiment particulier à Cuba qui fait que l'on peut vouloir fuir le "père", Fidel, et la "mère", cette île, mais le regretter, et c'est tout un sujet en soi, sans doute n'a-t-elle pas voulu le déborder. Alors une certaine lenteur empreint le récit, composé de photos de famille et d'évocations diverses et humbles de ceux qui ont choisi de rester, plus humaines que didactiques, d'images de Cuba aujourd'hui, de ses bâtiments détruits où plane l'ombre de jours meilleurs effacés par la marche du monde capitaliste. Regard sur l'échec du socialisme et interrogation sur l'avenir, peut-être un "capitalisme à la Fidel" dit en riant une des interviewées, un rire qui est plutôt un sourire, tout comme celui de Camila Guzmán Urzúa qui dessine avec tact cet "inventar", marque particulière de ce lieu unique. Ce documentaire laisse sur des questions - ce qui n'est pas un reproche - et transmet le regret de l'enfance pionnière d'une jeune réalisatrice suivant les écoliers, leurs uniformes, leurs chants et leurs sourires avec amour et espérance, le souffle parfois coupé par la douleur latente de l'exil qui la place aujourd'hui en observatrice positionnée avec sa caméra à l'épaule face à un grand miroir.

Michel MARX

site français du film Le rideau de sucre : www.epicentrefilms.com/epicentre.htm#

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