La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Les rêves dansants, sur les pas de Pina Bausch de Anne Linsel et Rainer Hoffmann

Les rêves dansants, sur les pas de Pina Bausch de Anne Linsel et Rainer Hoffmann

Documentaire allemand
Titre original : Tanzträume
Durée : 01h29min Année de production : 2010
Date de sortie cinéma : 13 octobre 2010

Les rêves dansantsEn 2008, Pina Bausch, quelques mois avant de disparaître le 30 juin 2009, décide de reprendre son spectacle Kontakthof (mot allemand qui signifie « lieu de rencontre » et, par extension, « maison de passe »), créé en 1978, puis créé de nouveau en 2000 avec des danseurs non-professionnels de plus de 65 ans, mais cette fois elle le fait non plus avec sa troupe mais avec 46 adolescents de Wuppertal de 14 à 18 ans qui ne sont jamais montés sur scène et n'ont jamais dansé.

Jo Ann Endicott et Bénédicte Billet, deux danseuses de la compagnie qui étaient dans la distribution au moment de la première création, si émues et si émouvantes, ont fait répéter pendant un an le groupe d’adolescents. Pina Bausch délègue et supervise, Pina Bausch est déjà fatiguée mais elle est merveilleuse, généreuse, elle est Pina Bausch et les rassure, quand ils ont peur de ses visites, quand ils la découvrent et se mettent à l'admirer, eux qui, pour beaucoup, ne savaient pas qui elle était avant de se présenter au casting, venus pour voir, parce qu'il se passait quelque chose, "Parce que j'avais vu Billy Elliot , dit l'un d'entre eux, et que je me suis dit pourquoi pas..." ou parce qu'un copain y allait et que c'était une façon de faire quelque chose avec lui, de souder une amitié... Amitié, amour, désir, relation de l'un à l'autre, c'est l'histoire de la pièce Kontakthof.

C'est aussi l'histoire de l'adolescence, de la découverte du corps des autres, avec les peurs, les empressements, les erreurs et les apprentissages vertigineux. Ce documentaire est donc le ballet de la vie dans un ballet, la chorégraphie de l'adolescence dans une chorégraphie de Pina Bausch... avec ses deux disciples, un sacré duo, une volonté totale de transmettre, en relai d'elle-même. Et c'est ce relai qui est magnifique, cette circulation de l'âme, cette essence même de la danse, cette liberté guidée par la géniale chorégraphe qui comprend et autorise, c'est cette grâce dans les craintes vues et dites - des interviews, courtes, sont montrées en parallèle des répétitions, et l'on comprend que c'est la captation de ces vies, de ces horizons divers, qui ont fondé la mise en scène du spectacle, qui ont permis à Pina Bausch non pas d'asservir ses sujets à son sujet mais l'inverse, fidèle à son éthique - c'est cette avancée dans l'intime d'abord hésitant puis s'acceptant, c'est cette chance donnée par Pina Bausch à des jeunes qui dit-elle y arriveront, et d'ajouter que s'ils n'y arrivent pas ce n'est pas grave, même si elle donne ses conseils avec rigueur et se voit obligée d'établir une sélection, de distribuer les premiers rôles, d'en écarter certains quand elle voudrait tous les garder, quand elle les aime tous. Car c'est ce que l'on ressent, à en pleurer parfois, tout cet amour qu'elle a pour eux, qu'elle leur communique et qui les aide, à se révéler, à se rencontrer et ... à danser.

Le spectacle est une réussite, le film l'est aussi. C'est la discrétion de cette immense artiste, ce sont ses gestes et ses regards d'une telle beauté et d'une telle maîtrise et de don de soi, que l'on en sort porté comme sur une piste de danse et transporté comme après une fiction. Parce que l'on sent, et que l'on sait, que si Pina Bausch va bientôt s'arrêter après ce spectacle, eux vont continuer et elle à travers eux, parce qu'elle leur a donné la croyance en la traversée de soi, avec les autres.

Essais des vêtements, choix des couleurs, ricanements sur ses propres hanches vues dans une tenue nouvelle, récits des peines de coeur et de familles, petits moments et humbles espoirs, conscience de l'enjeu, rapport au trac, évocation de ses racines, regards sur des gens si petits dans les villes et si grands sur la scène... pur et beau documentaire, à voir de toute urgence par toutes celles et ceux qui ont la magique image de Pina Bausch fixée sur leur mur ou et dans leur coeur... ou encore qui, comme certains de ces adolescents au début de cette histoire, ne la connaissent pas et ont tout à gagner à l'approcher.

Michel MARX

Cette critique est signalée sur le site : www.hippocampe-associe.com/

Bande annonce :


Les rêves dansants
envoyé par TOUSCOPROD. - Court métrage, documentaire et bande annonce. 



 

 

 

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