La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Les sept jours de Ronit Elkabetz

Les sept jours de Ronit Elkabetz

Film israélien, français. Titre original : Shiva - Genre : Drame, Comédie dramatique
Durée : 1h 48min. Année de production : 2007 - Date de sortie : 02 Juillet 2008

Écrit et réalisé par Ronit Elkabetz et Shlomi Elkabetz

Interprètes :
Vivianne Ronit Elkabetz
Meir Albert Illouz
Lili Yaël Abecassis
Eliahou Simon Abkarian
Ita Hanna Laslo
Haim Moshe Ivgy
Ilana Keren Mor
Itamar Alon Aboutboul
Evelyne Evelyne Hagoel
Jacques Rafi Amzaleg
Simona Hana Azoulay Hasfari
Ben Loulou Gil Frank
Thérèse Ruby Porat Shoval
David David Ohayon
Granny Henina Sulika Kadosh
Charlie Yechiel Elkabetz
Ruthy Orit Sher
Iris Dikla Elkaslassi

Exportation/Distribution internationale Les Films du Losange, France
Production Thaleia Productions, France
Zanagar Films, France
July August Productions, Israël
Eliqa, France
EZ Films, France

Directeur de la photographie Yaron Sharf
1er assistant réalisateur Idit Yavnin
Compositeur Michel Korb
Sergio Leonardi
Monteuse Joëlle Alexis
Mixage Hervé Buirette
Chef décorateur Benny Arbitman
Costumière Laura Sheim
Ingénieur du son Itai Eloav
Aviv Aldema
Régisseur général Ilya Liebman
Scripte Inbal Shaftir
Directeur de production Anat Shafranek

Distribution Les Films du Losange, France
Attaché de presse Jean-Marc Feytout
Attachée de presse Laurette Moncondu

Les sept joursIsraël, l'année 1991. Toute la famille Ohaion, passant naturellement par les trois langues que sont l'hébreu, le français et l'arabe, prie, entre les alertes, suite à la disparition de l'un des siens, mort subitement après une fête bien arrosée. Fidèles à la tradition, les proches se réunissent dans la maison du défunt et doivent s'y recueillir pendant sept jours. Alors que chacun se plie à la coutume avec plus ou moins de bonne volonté, la cohabitation devient de plus en plus pesante. Contraints de se supporter jour et nuit, frères et soeurs ne tardent pas à laisser l'amertume et les disputes prendre le pas sur le recueillement. L'atmosphère, matelas réunis au sol, devient irrespirable, et les vérités enfouies depuis longtemps remontent à la surface, entre cris, larmes, calculs et corps à corps... Ce qui touche beaucoup dans Les sept jours, qui fit l'ouverture de la Semaine de la critique à Cannes en 2008, c'est l'intimité. L'intimité palpable et folle qui fait dire au public à la sortie : "C'est un bon film, non, très bon même...". Identification mêlée de doute, un doute tout à l'honneur de la toujours talentueuse Ronit Elkabetz, qui ici travaille de nouveau avec son frère qui avait avec elle co-écrit et co-réalisé son premier film en tant que réalisatrice (Ronit a aussi une belle carrière d'actrice au cinéma et au théâtre) Prendre Femme en 2004, le doute étant : si tout cela est si vrai que l'on s'y retrouve, est-ce du cinéma ? Oui, car même si, de par le mélange entre comédiens professionnels et novices, quelques scènes auraient pu être coupées plus courtes, quand les personnages prennent des mimiques un peu trop indicatives, il en ressort pourtant un charme fait aussi de ces grimaces qui sont de circonstance. Grimaces que l'on reconnaît bien comme celles prises par tant des nôtres quand il s'agit d'avoir l'air d'être prêt à régler des comptes mais que le coeur n'y est pas parce qu'il s'agit de la famille, de ce que tour à tour l'on hait et l'on aime, comme finit par l'avouer Viviane, avec son inquiétant et séduisant port de tête et son grand coeur, et son regard, dans une salle de bain, lieu s'il en est de l'intimité, tiraillés par le feu des mauvais souvenirs et des humiliations refoulées qu'un mort remet au premier plan, quand fatigue et deuil ouvrent le précipice des erreurs à rattraper, que, amers, l'on ne rattrapera pas. Et c'est là où est la force de ce film, hormis la présence impressionnante de l'actrice Ronit Elkabetz en Viviane dont on ne se lasse pas (on se souvient encore et pour longtemps de sa puissante interprétation dans La visite de la fanfare de Eran Kolirin): difficile de ne pas se sentir concerné, atteint dans ses propres impuissances et regrets, dans cette part qui nous laisse toujours enfant face à la fratrie, à ses coups, ses coups de main, ses coups du sort. Bravo Ronit Elkabetz et Shlomi Elkabetz pour ces Sept jours, titre ô combien symbolique, pour avoir osé ouvrir la porte d'une famille nombreuse et parfois si petite quand sonne la sirène, qui se recueille en passant du rire à la violence, une famille très juive c'est vrai mais aux conflits et failles universels (on pense parfois au film de Satyajit Ray Les branches de l'arbre, où dignité du père et bassesses teintées de jalousie des fils se heurtent comme deux époques et deux mondes), bravo pour ce beau portrait ici du silence de la mère, qui ouvre et ferme le film, refusant de porter le masque, ce masque si symbolique aussi que le souvenir d'autres temps sûrement l'empêche de passer, visage nu et de toutes les guerres, qui sait, qui suit, qui domine, et qui pleure.

Michel MARX


 

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