La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Les amants réguliers de Philippe Garrel

Les amants réguliers de Philippe Garrel



(France - Sortie le 26 octobre 2005 - 2h58)

avec Louis Garrel, Clotilde Hesme, Eric Rulliat, Julien Lucas, Nicolas Bridet,
Mathieu Genet, Raïssa Mariotti, Caroline Deruas-Garrel, Rebecca Convenant,
Marie Girardin, Maurice Garrel...

Scénario : Philippe Garrel, Marc Cholodenko, Arlette Langmann
Compositeur : Jean-Claude Vannier
Directeur de la photographie : William Lubtchansky
Ingénieur du son : Alain Villeval
Monteuse : Françoise Collin
Produceur délégué : Gilles Sandoz

Les amants réguliersL’amour et la révolution… La jeunesse d’un homme de soixante ans d’aujourd’hui s’appelle Mai 68. Récemment, Bertolucci réalisait “Dreamers” et échouait à y faire croire à la passion romantique, aux jeunes gens désespérés et amoureux issus d’un rêve du XIX° siècle. Avec le même protagoniste que Bertolucci, Louis Garrel, qui est son propre fils, Philippe Garrel propose le 26 octobre “Les amants réguliers”. C’est un chef-d’oeuvre au sens ancien du terme, à la construction irréprochable, venu des années d’expérience d’un maître à la main sûre. Après un exposé d’une heure pour raconter les barricades de 68 à la manière d’un Delacroix en noir et blanc, Garrel emploie une seconde heure au récit doux et simple de l’amour à vingt ans. Puis, dans une troisième heure, avec une utilisation magistrale de la durée, il dit la fin de cet amour et son entrée dans une sorte d’éternité de la mémoire. Film autobiographique sans doute, puisqu’on reconnaît, sous les traits de la comédienne Clotilde Hesme, la chanteuse Nico, que Garrel aima et évidemment le cinéaste lui-même sous les traits de son fils. Il montre encore longuement son père, le comédien Maurice Garrel, en faux gâteux brillantissime. Mais les détails biographiques ont peu d’importance, tant on est d’abord captivé par la beauté élégiaque de ce récit pris dans les fumées de l’opium, récit d’une jeunesse lointaine et préservée. Fumées aussi des gaz lacrymogènes: les combats entre CRS et étudiants paraissent une hallucination. Le tour de force étant qu’on a l’impression d’une “hallucination réaliste”, ce qui est peut-être une définition du cinéma. Le romantisme des jeunes gens de 1830 est suggéré en permanence, dans le traitement pictural de l’image comme dans la conduite du récit, rappelant souvent les grands récits d’apprentissage de ces années-là. Sans oublier la présence de l'“anachronique” opium. Les images de William Lubtchansky magnifient ce film admirable, fait de douceur, de rêve et de maîtrise.

René MARX (article publié dans Fenêtres sur Cours le 17 octobre 2005)

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