La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Les Berkman se séparent de Noah Baumbach

Les Berkman se séparent de Noah Baumbach

(Comédie dramatique américaine - Titre original : The Squid and the Whale - Date de sortie France : 12 juillet 2006 - Année de production : 2005 - Durée : 1h 21min)

Interprètes :
Bernard Berkman : Jeff Daniels - Joan Berkman : Laura Linney - Walt Berkman : Jesse Eisenberg -
Frank Berkman : Owen Kline - Sophie : Halley Feiffer - Ivan : William Baldwin - Lili : Anna Paquin -
Otto : Adam Rose - Mme Greenberg : Peggy Gormley - Mr Greenberg : Peter Newman - Greta Greenberg : Greta Kline - Mr Simic : Michael Countryman - Mme Lemon : Maryann Plunkett - Carl Lance : Henry Glovinsky - Jeffrey : Eli Gelb - Jeb Gelber : Nico Baumbach - Hector : Hector Otero

Scénario : Noah Baumbach
Directeur de la photographie : Robert D. Yeoman
Compositeur : Britta Phillips
Monteur : Tim Streeto
Costumière : Amy Westcott
Directeur artistique : Jennifer Dehghan
Chef décoratrice : Anne Ross
Directeur du casting : Douglas Aibel

Producteurs : Wes Anderson, Peter Newman, Charles Corwin
Productrice : Clara Markowicz
Producteurs exécutifs : Reverge Anselmo, Miranda Bailey, Greg Johnson, Andrew Lauren
Coproducteur : Jennifer Roth
Distribution : Gaumont Columbia Tristar Films, France

Les Berkman se séparent

Le titre original qui se traduirait par Le calamar géant et la baleine serait peut-être plus énigmatique que Les Berkman se séparent mais transcrirait sans doute davantage la profondeur subtile de ce très beau film réalisé par le scénariste de La vie aquatique de Steve Zissou. Car c'est bien en eaux troubles qu'avance la marche de son intrigue qui pour certains, sans doute ceux qui n'ont pas vécu (encore) la séparation, peut paraître caricaturale, avec les murs de la nouvelle maison du père peut-être un peu trop fissurés, mais n'est que la représentation juste et sans complexe d'une démolition si contemporaine (même si le film se passe en 1986, avec sa fameuse Peugeot 504...). Annonce de la séparation - "Que fera-t-on du chat ? " interrogent les enfants, excellement interprétés - sensibilité n'est pas sensiblerie, n'en déplaise aux spectateurs qui pourraient voir là un mélodrame pointer ses nageoires. "Moi et votre mère nous avons décidé... ", déclare le père qui a demandé aux enfants de ne pas traîner en rentrant de l'école pour cause de réunion de famille, avant de se reprendre en un "Votre mère et moi..." qui sera décliné durant tout le film à travers les images qui suivent et traquent ce bras de fer qui est la lutte d'un couple qui s'est sali et dont les enfants sont désormais les otages, et le spectateur la petite souris qui se glisse et observe. Un père qui, dit la mère, vient les chercher toujours plus tôt et les ramène toujours plus tard que ce fameux accord du désaccacord qu'ils ont passé. Une mère qui invalide les efforts du père, un père qui monte les enfants contre la mère et ses tentatives de libération. Deux frères qui ne sont que - ou pour beaucoup - les représentations de chacun des parents - "On dirait ton père" dira la mère à la violence de l'aîné tandis que le petit se démolit et s'étale comme il peut pour tracer son territoire et grandir malgré tout et contre tout, à l'image d'un père que les échecs ont usé et rendu maniaque, lui dont la seule réaction est de jurer quand il ne retrouve pas sa place de voiture devant chez lui ou qu'il rate une balle de tennis ou de ping-pong. Entre désir latent de se "remettre" et menaces de procès, entre aveux des lâchetés, tromperies et déceptions en tous genres, entre rancoeur et conscience du temps qui passe, s'exprime la rivalité d'un couple d'écrivains que les lecteurs n'ont pas rendus égaux. Produit sous un label indépendant, avec par conséquent un faible budget, Les Berkman se séparent peut agacer à cause d'une compression qui n'évite pas le grain prononcé lors des séquences en basse lumière (le fait que l'histoire se passe en 86 rend un peu plus acceptable ce défaut qui n'atteint pas la qualité irréprochable de la mise en scène et de l'interprétation). On se rappellera au passage de certains films de Pialat, également du regard sur l'adolescence et ses émois sous le bercement aigre-doux des chansons du Lauréat - ici aussi la chanson a un grand rôle, elle est le vecteur d'une échappée vers un monde à la fois plus franc et aux contours moins tranchés (chanson volée, baisers volés). Nominé aux GoldenGlobes et aux Oscars, et récompensé par le prix du Meilleur Réalisateur à Sundance 2005 et du meilleur film au Festival de New York, sélectionné aux festivals de Chicago et Toronto, Les Berkman se séparent est de ces histoires - ici fortement autobiographique - qui vous restent parce qu'elles ressemblent aux aveux tourmentés d'une guerre jamais réglée, personnelle et universelle. L'ultime référence à Godard, malheureusement mal sous-titrée en français, est comme la signature humble et limpide d'un réalisateur qui sait s'être inscrit dans la lignée du cinéma des coups de gueule ou, entre des moments de pure comédie, on reste, comme Walt, l'aîné des deux enfants, derrière la vitrine qui vous sépare des familles "heureuses".

Michel MARX

site officiel: www.columbiatristar.fr/k/berkman/



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