La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Les citronniers de Eran Riklis

Les citronniers de Eran Riklis

Film français, allemand, israélien. Genre : Comédie dramatique
Durée : 1h 46min. Année de production : 2007 - Date de sortie : 23 Avril 2008
Titre original : Lemon Tree

Réalisé par Eran Riklis
Scénario : Eran Riklis et Suha Arraf
Interprètes :
Salma Zidane : Hiam Abbass
Ziad Daud : Ali Suliman
Mira Navon : Rona Lipaz Michael
Israel Navon, le ministre israélien de la défense : Doron Tavory
Abu Hussam : Tarik Copty
Le capitaine Jacob : Amos Lavie
Leibowitz : Amnon Wolf
Tamar Gera : Smadar Yaaron
Shelly : Ayelet Robinson
Le soldat Quickie : Danny Leshman
...

Directeur de la photographie : Rainer Klausmann
Compositeur Habib : Shehadeh Hanna
Monteur : Tova Asher
Mixage : Hervé Buirette
Chef décorateur : Miguel Markin
Costumière : Rona Doron
Ingénieur du son : Gil Toren et Ashi Milo
Régisseur général : Ayelet Imberman
Directeur du casting : Yael Aviv


Production : Eran Riklis Productions Ltd, Israël - Mact Productions, France
Distribué par Océan Films
Attachés de presse : Robert Schlockoff et Valérie Chabrier

Les citronniers

Salma Zidane vit dans un petit village palestinien de Cisjordanie situé sur la Ligne verte qui sépare Israël des territoires. Veuve, elle exploite les citronniers légués par son père, vivant seule avec pour toute aide un vieil employé qui a toujours veillé sur elle. Le fils de Salma s'est installé aux États-Unis, sa fille n'a pas de temps pour elle, elle est de ces vieilles mères qui s'infligent le maintien d'un héritage symbolique, servant à tous ses visiteurs la même citronnade qu'ils jugent délicieuse mais dit tout du manque de fantaisie de sa vie. Emmènagent alors sur le terrain d'en face l'autoritaire et quasiment vulgaire Ministre israélien de la Défense et son épouse sensible, Mira, dont le regard se posera en miroir sur le destin de cette femme. La plantation de citronniers menace leur sécurité, des terroristes pourraient utiliser les arbres pour cachette même si jamais aucun coup de feu n'a été tiré de cet endroit. Les services de sécurité préconisent de raser la plantation et, bon bougre, le Ministre consent à ce que l'état verse une indemnité à Salma, ce qui n'est pas obligatoire. Mais celle-ci n'a que ses arbres et flanquée d'un jeune avocat qui a laissé sa femme et sa jeune fille en Russie et ne traite que des affaires de divorce, ira jusqu'à la Cour Suprême. L'idée pourrait donner lieu à un film émouvant, voire éducatif, sauf que sa construction est fouillis, que des facilités de mise en scène, des hasards qui arrangent bien le scénario et semblent être des défauts de débutant (l'auteur a pourtant réalisé l'apprécié La Fiancée syrienne en 2005), ainsi les cadenas ouverts au bon moment, le soldat qui n'est pas dans son mirador quand Mira veut passer dans la zone palestinienne ou le garde du corps qui s'endort, laissent le spectateur un peu dubitatif. Et là le côté fable a bon dos, une fable aux contours démagogiques, car que fait ce Ministre dans un lieu qui pose tant de problèmes (même si l'auteur confirme dans des entretiens que ces situations arrivent bel et bien et régulièrement) ? a-t-il ou pas une maîtresse en la personne de cette jeune militaire qui l'accompagne toujours et en quoi cela sert-il le récit ? Pourquoi l'avocat ne reste-t-il pas avec Salma (même si l'on comprend c'est vrai que la pression alentour ne les aide pas à vivre leur liaison) ? Comment expliquer la radicalité finale de Mira, le comportement familier de son agent de protection ? qui y a-t-il eu ou pas entre eux ? L'auteur veut-il semer le trouble sur tous ses personnages et ne fait-il pas alors dans ce cas oeuvre de cynisme exagéré ? Car si tous sont ambivalents, si ce n'est Madame Zidane, que veut-il nous démontrer ? A jouer entre réalisme et fable il ne met pas à l'aise, laisse sentir les temps du film, met mal à l'aise aussi quand il flirte avec le mélodrame. Et le nom de Zidane est-il un second degré si drôle, avec cette affiche qui représente le joueur discrètement mais peut-être un peu trop longtemps tout de même (mais le Ministre s'appelle bien Israël, Eran Riklis, qui veut chaque fois faire sens, n'est donc pas à un symbole près !)? "Peut-être" est le mot qui nous reste aux lèvres quand la levée finale du mur coupe le film comme il coupe la zone en deux, abandonnant deux loups têtus de chaque côté, seuls avec le résultat de leur procès. Mais que nous enseigne ce constat de vraiment nouveau ? Là où Eran Kolirin avec La visite de la fanfare faisait mouche, Eran Riklis fait répétition avec la radicalité et le caractère de femme déçue mais qui en veut encore de Salma Zidane, rôle bâti de façon presque trop évidente sur le modèle de la Dina qu'interprétait si intelligemment Ronit Elkabetz. Il ne faudrait pas, même si c'est un thème intéressant, que le conflit israélo-palestinien devienne une recette qui sur le registre de l'absurde finira par transformer en comédies caricaturales des questions qui méritent peut-être plus d'humanité et de profondeur que de dérision soi-disant lucide. Et là où La visite de la fanfare touchait par une grâce limpide, où The Bubble, pour donner un autre exemple de récent film israélien, brillait par une évidence vitale, Les citronniers déçoit par un trop plein de fabrication, par la croyance qu'un sujet peut suffire. Et pourtant il y avait de bons ingrédients... alors pourquoi la citronnade ne prend pas... telle est la question à laquelle on a tenté ici de répondre, assez désolé qu'une sympathique démarche reste en-deça de son ambition même si beaucoup choisiront par effet de mode de dire que c'est un film subtil.

Michel Marx

 

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