La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Les climats de Nuri Bilge Ceylan

Les climats de Nuri Bilge Ceylan

(Film turc, français - Titre original : Iklimler - Genre : Drame - Année de production : 2005 - Date de sortie : 17 Janvier 2007 - Durée : 1h 37min.)

Comédiens : Bahar : Ebru Ceylan - Isa : Nuri Bilge Ceylan - Serap : Nazan Kesal - Semra : Semra Yilmaz - Mehmet : Mehmet Eryilmaz - Arif : Arif Asci - Güven : Can Özbatur - le chauffeur de taxi : Ufuk Bayraktar - la mère d'Isa : Fatma Ceylan - le père d'Isa : M. Emin Ceylan

Scénario et réalisation : Nuri Bilge Ceylan
Directeur de la photographie : Gokhan Tiryaki
Monteurs : Nuri Bilge Ceylan et Ayhan Ergürsel
Monteur son : Thomas Robert
Mixage : Olivier Dô Hùu
Ingénieur du son : Ismail Karadas

Producteur : Zeynep Özbatur
Coproducteur : Fabienne Vonier, Cemal Noyan et Nuri Bilge Ceylan
Producteurs exécutifs : Gülay Rosset et Laurent Champoussin
Distribution : Pyramide Distribution, France
Attachée de presse : Vanessa Jerrom

Les climatsEn compétition au Festival de Cannes 2006, ce film, tourné en HD numérique, pour ceux qui avaient vu le précédent du réalisateur, Uzak, grand prix du jury et prix d'interprétation masculine ex aequo à Cannes en 2003, est dans la lignée de son travail à part. Absent cette fois du palmarès, Les Climats a cependant reçu le Prix de la FIPRESCI remis par la critique internationale. Nuri Bilge Ceylan, réalisateur à part, parce qu'ici pas d'action à couper le souffle, pas d'érotisme tapageur (quoi que l'on se souviendra de la lutte corps à corps entre le protagoniste et son ancienne maîtresse aux chaussures si pointues, scène d'un réalisme rarement filmé), pas d'étude sociale, même si, forcément, les personnages sont ancrés dans la réalité qui fait aussi leur destin moyen : lui photographe qui termine une thèse, elle, directrice artistique de séries télévisées, entourés (peu entourés en fait) d'amis intellectuels dont le quotidien a l'air bien ennuyeux, assez en tout cas pour ne pas les aider à sortir de leur difficulté. Des gens d'aujourd'hui, dans une Turquie dont on explore les paysages divers - et là le réalisateur met le paquet, aussi photographe que son personnage dont il interprète le rôle pas toujours avantageux (rustre et impatient malgré la lenteur du film, Isa est un homme plus tout à fait jeune, encore beau, qui nous semble fatigué par la vie, parce que trop vieux pour être étudiant, trop jeune pour renoncer à ses pulsions bien souvent machistes et égoistes). Et une Bahar, femme relancée par cet homme dont elle ne veut plus mais dont elle n'est pas encore détachée. De belles images, c'est vrai, très belles, à la limite de l'agaçant parfois, parce qu'on ne va pas toujours au cinéma pour voir uniquement de belles montagnes, et si la critique est presque unanimement en faveur de ce travail, le mettant au niveau de Bergman ou d'Antonioni (parce que la distributrice du film en France les a évoqués à propos de sa perception de ce film), on peut se montrer plus réservé. C'est le couple, sa crise, et l'individu qui s'y débat. Sauf que ces individus n'ont pas une analyse très pointue de ce qui leur arrive, ils le subissent, et le réalisateur l'assume. Ce qui donne de très longs plans sans paroles, des souffles de lassitude qui semblent amplifiés (l'auteur dit avoir beaucoup travaillé sur le son), des fruits secs mâchés par lui-même nous laissant l'impression désagréable que l'on est dans sa mâchoire, ceci pour capter la gêne des personnages... Mais quand surgit le plan du match de tennis, on se met à penser à Woody Allen et on regrette que ce brio du maître américain ne prenne pas le pas qui permettrait à ce film d'être juste un peu plus attrayant. Quand surgit le plan du film dans le film, on se met à regretter le maître Truffaut qui en fit à son époque de plus ludiques, et sans doute plus profondes, envolées. Ici, rigueur oblige, rigueur des moeurs de ce pays, et rigueur de ses hivers enneigés transcrits comme des cartes postales pleines du drame qui s'y joue, un drame tout de même très personnel et presque banal : la fin d'un amour. Un amour dont si peu nous a été livré que l'on a comme du mal à en regretter l'épuisement. Les éloges que l'on parcourt dans la presse viennent-ils de la froideur d'un autre paysage : celui des sorties cinéma de janvier 2007 ? Les critiques replacent-elles le film dans son contexte et y saluent-elles son radical minimalisme ? On veut bien en reconnaître le courage, un certain public sûrement - et d'une certaine génération peut-être - y trouve l'écho d'histoires dont il se sent proche (c'est le but aussi de l'exercice). Mais on a le droit de n'être pas du même avis que "presque tout le monde", sans aller jusqu'à dire trop de mal d'un film honnête où le réalisateur ne nous fait pas plus de cadeaux qu'il ne s'en fait à lui-même (si ce n'est la capture des belles vignettes qui sont autant de clics de l'appareil numérique d'Isa). Un cadeau, Isa, cependant, en fait un à Bahar, une petite boite à musique mécanique qu'il dit être venue en fraude (il la paie en effet plus cher que sa chambre d'hôtel), des notes égrainées avec parcimonie mais répétitivement comme les petites gouttes d'eau, de neige, de larmes qui peuplent cette table rase laissée par la séparation. Pas un si mauvais moment. Un peu long tout de même.

Michel MARX

site officiel: www.nuribilgeceylan.com/

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