La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Les Méduses de Shira Geffen et Etgar Keret

Les Méduses de Shira Geffen et Etgar Keret

ISRAËL / FRANCE - Comédie dramatique chorale - Titre original : Meduzot - Année de production : 2007 - Date de sortie : 05 Septembre 2007- Durée : 1h 18min.

Réalisation : Etgar Keret et Shira Geffen
Scénariste : Shira Geffen

Batya : Sarah Adler
La Petite Fille : Nikol Leidman
Michael : Gera Sandler
Keren : Noa Knoller
Joy Ma-nenita De Latorre
Keren : Zharira Charifai

Directeur de la photographie : Antoine Héberlé
Compositeurs : Christopher Bowen et Grégoire Hetzel
Monteurs : François Gédigier et Sacha Franklin
Monteur son : Gil Toren
Chef décorateur : Avi Fahima
Costumière : Li Alembik
1er assistant réalisateur : Paolo Trotta
Ingénieur du son : Olivier Dô Hùu
Directeur du casting : Ester Kling

Production : Lama Productions Ltd., Israël - Les Films du Poisson, France - Arte France cinéma, France - Canal + (France), France - TPS Star, France
Distribution : Pyramide Distribution, France
Attachée de presse : Annie Maurette

CAMÉRA D'OR CANNES 2007 - SEMAINE DE LA CRITIQUE - PRIX DE LA (TOUTE) JEUNE CRITIQUE - PRIX SACD

Les méduses"Nous sommes tous la deuxième génération de quelque chose..."
Etgar Keret est un romancier israélien célèbre né en 1967 (Missing Kissinger,The Nimrod Flipout, entre autres livres, et un moyen-métrage, Skin Deep, Oscar israélien en 1997), qui partage la vie, à Tel-Aviv, de Shira Geffen, née en 1971, qui est une dramaturge connue, travaille sur des spectacles de danse et écrit des livres pour enfants. Elle a conçu le scénario à partir d'un souvenir d'enfance, ils ont réalisé le film ensemble, à partir de leurs sensibilités. Rien d'étonnant à ce que leur très beau film, qui se passe à Tel-Aviv mais pourrait se passer en Normandie (après tout n'y chante-t-on pas La vie en rose ? fort joliment interprétée par Corinne Allal d'abord en hébreu puis en français, sorte de clin d'oeil à notre symbole national du lyrisme), ait des airs de nouvelles littéraires entrecroisées, un goût pour le théâtre mêlé d'une distance ironique sur une tendance post-moderne de ses mises en scène, et aussi qu'il prenne une enfant silencieuse mais pas muette comme point central de ce traitement choral qui est un tourbillon de poésie. On pense évidemment, et avec plaisir, à Short Cuts de Robert Altman pour la composition hâchée du récit et la façon dont le suspense est donc négocié, mais aussi pour ce ton humaniste mais toujours à la limite du drame annoncé, et qui arrive. Ici l'onirisme est peut-être plus poussé, jusqu'à nous emmener dans des régions au sens très suspendu mais toujours captivant, ludique, puissant, flirtant avec l'association libre de la psychanalyse dont le film ne fait pas l'économie. Au contraire, on se dit même assez vite, et avec une tendre admiration pour cette liberté filmique qui n'est jamais hasardeuse, que tout ce montage avait une raison d'être au-delà du simple jeu des croisements : il signait la fracture (le récit s'ouvre sur la jambe cassée d'une jeune mariée qui annule la lune de miel du couple blessé et changera son destin), fracture de toutes ces femmes trompées par les hommes qu'elles soupçonnent ou plutôt devinent, et rejettent. Couples oublieux laissant les enfants sans explication, telles les méduses qui ne font pas mal volontairement mais vous brûlent quand vous prenez appui sur elles, et filent en douce dans leur transparence assassine. Enfants éternellement empêtrés dans des bouées de plastique colorées qu'ils refusent de quitter, n'ayant plus confiance en personne, la loi officielle n'y pouvant rien, à la recherche inavouée de sauveurs ou de sauveuses qui répareront les mensonges. Shira Geffen était enceinte de huit mois au moment du tournage. Cette présence se ressent dans les tournants aquatiques et sensuels de ces images d'un monde où le temps est comme ces longues guimauves vendues sur les promenades des plages, qui se distendent et vous collent aux doigts, et parfois cassent. Ici c'est un glacier qui symbolise la déchirure, une déchirure partagée entre tous ces personnages qui semblent souvent étrangers à leur vie, telle cette femme philippine qui va permettre à une des mères de serrer quelqu'un dans ses bras parce qu'elle n'a pas su le faire avec sa propre fille, personnages en apnée, écrasés par un sommeil qui les piège devant les pièces essemées d'un puzzle, à la lisière devant les vagues déferlantes de la mer de la mort et du sauvetage. Si Les Méduses n'est pas politique il est peut-être biblique. Il ouvre en tout cas la voie à l'immensité de la réparation universelle.

Michel MARX


Les meduses(Bande annonce)
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