La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Libero de Kim Rossi Stuart

Libero de Kim Rossi Stuart

( Film italien - Titre original : Anche libero va bene - Genre : Drame psychologique - Année de production : 2006 - Sortie France : 08 Novembre 2006 - Durée : 1h 48min. )

Scénaristes : Kim Rossi Stuart, Linda Ferri, Francesco Giammusso et Federico Starnone
Réalisateur : Kim Rossi Stuart

Acteurs :
Tommi : Alessandro Morace
Viola : Marta Nobili
Renato : Kim Rossi Stuart
Stefania : Barbora Bobulova

Equipe technique :
Directeur de la photographie : Stefano Falivene
Compositeur : Banda Osiris
Monteur : Marco Spoletini
Chef décorateur : Stefano Giambanco
Costumière : Sonu Mishra

Directeur de production : Erik Paoletti
Producteur : Carlo Degli Esposti, Andrea Costantini
Producteur exécutif : Giorgio Magliulo
Activités sociétés : Production : Palomar, Italie - Rai Cinema, Italie
Distribution : MK2 Diffusion, France

Présenté à la Quinzaine des réalisateurs - Cannes 2006
Prix de la CICAE, association rassemblant des exploitants de salles Art et Essai européennes.

LiberoTout d'abord il ne faut pas oublier que c'est le premier film de Kim Rossi Stuart, 37 ans et déjà de belles prestations d'acteur derrière lui : dans La Grande bourgeoise de Mauro Bolognini aux côtés de son père, l'acteur italien Giacomo Rossi-Stuart, dans Le Nom de la rose de Jean-Jacques Annaud, Par-delà les nuages d'Antonioni, Les Clefs de la maison de Gianni Amelio, Pinocchio de Roberto Benigni, et Romanzo Criminale de Michele Placido sorti cette même année 2006; ou encore en 1998 à la télévision française, en Julien Sorel aux côtés de Carole Bouquet dans une adaptation de Daniel Verhaeghe du Rouge et le noir de Stendhal. Il faut le dire car cette grande maîtrise du temps des émotions est exceptionnelle pour un premier long-métrage, même si la dernière partie se permet quelques raccourcis que les pinailleurs pourront repérer, comme l'est la parfaite justesse des acteurs, dont lui, qui n'était pas prévu dans le rôle du père que l'acteur choisi lâcha au dernier moment et qu'il remplaça (nous rappelant la situation de Pialat dans A nos amours quand n'ayant, lui, pas trouvé d'acteur pour jouer le père il se résolut à le jouer, emportant le film bien au-delà de ce qu'un autre aurait peut-être simplement réussi). Car Kim Rossi Stuart a non seulement une présence, jeune, beau, fragile et authentique, mais il forme avec ces deux enfants et cette mère fantôme ou ludion selon la façon dont on voudra la qualifier, selon que l'on sera du monde de la morale ou de l'humanisme, une famille dans laquelle beaucoup trouveront la place de s'identifier, le déséquilibre étant, on le sait bien, souvent tapi derrière la porte de l'harmonie apparente. Car tout pourrait aller bien dans ce triangle où le père s'efforce de maintenir un équilibre et une croyance en la volonté (et en la natation quand son gamin voudrait tant tâter du ballon rond, d'où le titre du film, le libero étant un défenseur non soumis à un marquage individuel, qui peut donc évoluer librement en défense, poste évidemment conseillé par le père qui n'a de cesse de vouloir occuper cette place dans la vie) si l'on ne s'apercevait, au retour de la mère, volage ou peut-être simplement fragile, que les failles sont nombreuses et ne viennent pas seulement d'elle. Quand ce père, à bout, dit à son fils qui porte tous les malheurs de cette boiteuse équipée sur les épaules, qu'il se demande pourquoi il a été choisir une femme comme celle-là, qu'il n'hésite pas à qualifier entre autres de pute devant ce fils en pleine construction, il n'a pas tout à fait conscience à quel point la bonne question est posée. Car qu'est-ce qui fait une rencontre ? ici ce sont leurs deux faiblesses qui font des ricochets dont l'onde de choc a les enfants pour réceptacle - ce père qui reproche l'adultère chronique à sa si jeune femme ne repasse-t-il pas les chemises les fesses à l'air tout en théorisant, quand il n'hurle pas, sur les bienfaits de l'ordre, mettant sur le compte de colères passagères les humiliations profondes qu'il fait subir à ses gamins ? Encore une soeur qui s'appelle Viola (comme Violette dans Pardonnez-moi de Maïwenn) et dont la sexualité est aussi mise à mal par un père ici un peu trop câlin qui lui fait jouer, symboliquement, l'inceste a de multiples formes, le rôle de la mère absente. Une soeur aux jeux juste un peu trop pervers - adolescente, elle est agitée par une énergie constitutive qui pourrait la faire déraper si Tommi, 11 ans et toute sa tête, ne savait l'arrêter comme il sait arrêter son père quand celui-ci lui propose de sécher l'école et de rester avec eux dans son lit (en écho à la mère, qui, déchirante de beauté, sort Tommi de l'école en pleine journée, croyant lui faire plaisir). Et pourtant c'est juste de la tendresse que demande cet homme, dont on découvre un peu tard qu'il est cadreur de cinéma, qui a l'art de se marcher dessus et de se faire virer de partout à cause de ses caprices qu'il perçoit lui-même comme du professionnalisme incompris. Et pourtant ce n'est que de la tendresse que demande cette mère insultée, violentée, juste un peu menteuse et soumise à une libido peut-être un peu fatigante pour son entourage, avouons-le, mais qui n'est que l'expression d'une sensibilité sûrement bafouée. Et pourtant ce n'est qu'une famille que demandent ces deux enfants qui se soutiennent mutuellement quand la coupe déborde et qui se chamaillent quand l'espace leur en est laissé, et que les claques n'ont pas encore volé. Les claques, ce sont ici, et pour tous les personnages, celles de l'existence dans ce qu'elle a d'injuste et de brutal. "Anche libero va bene" dit Tommi à son père quand celui-ci accepte enfin qu'il laisse la natation pour le football, "Libero, ça me va aussi." Un compromis de plus au terme d'une lutte qui aurait pu donner un mélo de plus sur une histoire de famille déchirée mais offre ici au spectateur qui retrouvera les accents de La chambre du fils de Nanni Moretti (même co-scénariste, Linda Ferri), un clin d'oeil aux Quatre cents coups de François Truffaut, et toute la délicatesse héritée du néo-réalisme, un très beau et juste moment de cinéma, porté par une bande musicale attachante et subtile, à l'image du film, composée par Banda Osiris, un groupe ambulant de musiciens comiques italiens, qui avaient obtenu l'Ours d'argent de la meilleure musique au Festival de Berlin 2004 pour Premier amour de Matteo Garrone. Du beau monde, de bons acteurs, une belle histoire, une élégante mesure, et de l'intelligence limpide et sans pudeur pour ce récit de cauchemars qui à peine sont-ils vécus prennent le ton des souvenirs, avec ce goût de l'irréversible qui vient du fait que chacun naît à un étage et pas à l'autre, et qu'il portera toujours son destin sur l'arrête de son propre toit.

Michel MAR

site officiel : www.libero-lefilm.com/


 

 

 

 

 

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