La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Memory lane de Mikhaël Hers

Memory lane de Mikhaël Hers

Long-métrage français. Genre : Drame
Durée : 01h38min
Année de production : 2010 - Date de sortie cinéma : 24 novembre 2010

Réalisé par Mikhaël Hers
Scénario : Mikhaël Hers et Mariette Désert

Interprètes :
Thibault Vinçon : Vincent
Dounia Sichov : Christelle
Lolita Chammah : Muriel
Stéphanie Déhel : Céline
Thomas Blanchard : Raphaël
David Sztanke : Florent
Louis-Ronan Choisy : Cédric
Didier Sandre : François, le père des deux soeurs
Bérangère Bonvoisin : Jeanne, la mère des deux soeurs
Dominique, la copine de Cédric : Caroline Baehr
Claire, la soeur de Vincent : Jeanne Candel
L’ex de Céline : Hubert Benhamdine
Acteur : Antoine Hilaire
Actrice : Morgane Rouault

Equipe technique :
Compositeur : David Sztanke
Directeur de production : Rauridh Laing
1er assistant réalisateur : Lucas Loubaresse
Directeur de la photographie : Sébastien Buchmann
Ingénieurs du son : Dimitri Haulet et Laurent Gabiot
Monteuse : Pauline Gaillard
Monteur son : Claire-Anne Largeron
Costumière, Chef décoratrice : Catherine Cosme

Production : Les Films de la Grande Ourse
Exportation/Distribution : internationale Films Distribution
Distributeur : France Ad Vitam
Attachée de presse : Agnès Chabot

Memory laneMemory Lane, "Boulevard du souvenir" en français, est le premier long-métrage de Mikhaël Hers, réalisateur de plusieurs courts et moyens-métrages dont Montparnasse, lauréat du prix Jean Vigo en 2009.

Août, Hauts de Seine, dans la banlieue Sud-Ouest de Paris, sept amis de 25 ans se retrouvent plus ou moins "fortuitement" à passer quelques jours dans cette ville qui les a vus grandir.

Le souvenir a de particulier dans ce regard sur l'abord des trente ans qu'il n'est pas servi par le pathos habituel des films sur la fin de la jeunesse. Non, le réalisateur le distille à l'instar d'un roman de Modiano (pourquoi dès qu'il atteint ce niveau de subtilité a-t-on d'ailleurs tendance à voir du littéraire dans un film ? ici peut-être parce que ce parc de Saint-Cloud, ces stations de métro dans l'aube ou le crépuscule, cette école et ses petites tables qui n'ont pas bougé, ces silhouettes qui dessinent une errance aux sanglots retenus, ces difficultés à se regarder, ces fêtes où chacun essaie de surmonter une si légère appréhension qu'elle envahit l'image par intermittence, comme si une chance leur était toujours laissée cependant d'advenir à une vie voulue, ce titre enfin, d'un récit de Patrick Modiano paru en 1981 où il était aussi question de l'apparence fugitive des drames, tout en a les contours sans qu'il ne s'agisse de plagiat mais au contraire de révérence tirée à un maître de la nostalgie), avec non pas sur l'écran et les choses une oxydation visible ou imposée mais un vert-de-gris interne aux déplacements des personnages, au rythme suspendu de la caméra sur eux qui semble les frôler, parfois comme s'ils étaient morts depuis longtemps (un deuil latent tend aussi les fils arachnéens de ces retrouvailles), à la construction narrative et au découpage filmique qui font que jamais une idée n'est pesante, voire prolongée. Non, ce sont des couches successives de sensations perçues - jalousies, regrets, frustrations, attentes, limites et aspirations - qui finissent par nous emplir d'émotion, comme devant le spectacle mousseux et organique d'un millefeuille du destin. Parce qu'il y a les générations qui se rencontrent, ces jeunes, leurs parents, mais aussi des beaucoup plus jeunes qui mettent à un moment donné, telles des petites apparitions signifiantes, les pieds dans leurs pas.

Des plans qui savent durer, des musiques, la musique a dans ce film un tout premier rôle, qui sont jouées entièrement - les répétitions du groupe que forme ces jeunes amis n'ont pas été bâclées au tournage, au contraire, elles participent à la tendre délicatesse qui se dégage de cette histoire et de ses protagonistes dont les voix et les instruments sont comme le métronomes d'une violence, sans que l'aboutissement n'en soit dit, absorbée particulièrement par l'un d'entre eux, le plus fragile, Raphaël, tendre mais contenant également en germe, ce qui donne toute sa dimension à l'oeuvre, le drame d'un vieillissement annoncé, la disparition d'un parent précipitant forcément l'enfant vers la sienne propre. La mort fonctionne donc en rebond, mort qui n'est peut-être en tout premier lieu que l'isolement intérieur, devant les autres qui continuent.

L'action présente se joue sur une semaine, au mois d'août, mais celle-ci, par sa densité nostalgique, draîne d'autres périodes, des histoires d'amour laissées, enterrées, transformées, tardant à naître et naissant, pour l'une d'entre elles, sous nos yeux avec une frontalité de mise en scène qui touche au réalisme le plus délicat, car Hers, ce qui est rare, sait filmer l'amour comme il sait filmer l'amitié et le non-dit, et le dit. Les mots et les gestes craquent comme des lames de parquets parce que quelque chose d'irrémédiable est en marche dans l'édifice de ce conte panaché, Rohmerien et Hersien. Marie Rivière, en mère qui craint que des taches jaunes ne viennent soudain marquer sa peau, en est une des belles figures de proue, penchée à sa fenêtre inquiète et sereine comme dans la vie, comme dans ces séquences au ralenti, ralenti de notre regard invité à découvrir dans la brume, dans une barrière franchie, dans une main qui attend, une mélodie jamais finie parce que c'est la musique de l'émotion, la marche ployante et digne d'un père qui se souvient de ses deux filles glissant dans l'hiver.

Michel MARX


MEMORY LANE : BANDE-ANNONCE HD
envoyé par baryla. - Court métrage, documentaire et bande annonce. 

 

 



 

 

 

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