La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Mur de Simone Bitton


Mur de Simone BITTON

MurGrand prix du Festival international du documentaire de Marseille 2004 et prix du meilleur documentaire du Festival de Jérusalem, Mur est un film qui célèbre à la fois l’espoir de la paix et la force du cinéma. Simone Bitton vit entre Israël, la France et le Maroc. Elle parle arabe, elle parle hébreu, elle parle français, elle parle anglais, elle est ce que le monde d’aujourd’hui veut condamner: l’échange, l’entente, les passages de frontières, le mélange des peaux et des cultures. Elle se dit elle-même “juive arabe”. En 2002, les Israéliens ont commencé à construire le mur censé les protéger du terrorisme. Elle eut alors l’impression que ce pays qu’elle avait servi en uniforme pendant la guerre de 73 devenait fou. Le cinéma permettait peut-être de ne pas sombrer dans le désespoir. Il fallait montrer le mur sous tous ses aspects, barbelés, béton, barrières électroniques, radars et laisser parler sans préparation particulière les Israéliens et les Palestiniens qui s’approchaient de l’équipe de tournage. De ces images et de ces mots ressort une immense tristesse, encore plus que l’esprit de révolte. C’est le sentiment de gâchis, d’aveuglement, de catastrophe toujours mieux préparée qui domine. Simone Bitton filme patiemment un paysage arabe qui disparaît progressivement de l’écran: une grue dispose des parois de béton qui obstruent le cadre peu à peu. Comme dans un dessin animé où les briques s’accumuleraient pour faire disparaître l’image. Mais ici tout est vrai et on est loin des astuces cinématographiques. Nous vient une phrase idiote et tragique: “est-ce qu’on s’en sortira un jour?”. Un kibboutznik révolté par le mur explique qu’il n’est pas totalement désespéré puisqu’il parle encore. Faire un film, c’est une façon de parler encore. C’est l’invitation au débat, à la réflexion, au contraire justement de la séparation et du désespoir.

 René MARX (article publié en 2004 dans Fenêtres sur Cours)

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