La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Navidad de Sebastián Leilo (ex Campos)

Navidad de Sebastián Leilo (ex Campos)

Film chilien - Drame psychologique/parcours initiatique - Année de production : 2009 - Date de sortie cinéma : 4 novembre 2009 - Durée : 1h43 min

Réalisé par Sebastián Leilo (ex Campos)

Scénario : Gonzalo Maza et Sebastián Leilo (ex Campos)

Interprètes : Avec Manuela Martelli (Aurora), Diego Ruiz (Alejandro), Alicia Rodriguez (Alicia)

Equipe technique
Directeur de la photographie : Benjamin Ecazarreta
Montage : Soledad Salfate et Sebastián Leilo (ex Campos)
Directeur artistique : Rodrigo Bazaes
2ème assistant réalisateur : Rosario Onetto
Directeur de production: Eduardo Castro
Ingénieur du son : Cristian Freund
Compositeur : Cristobal Carvajo

Distributeur France : UFO Distribution
Producteur exécutif : Guillaume Benski
Producteur exécutif : Úrsula Budnik
Producteur exécutif : Pablo Mehler
Activités sociétés
Production : Horamagica
Production : Divine Productions
Coproduction : Zoofilms
Coproduction CINESUR s.a.

Attaché de presse Cédric Landemaine

NavidadTrois A, Aurora, Alejandro et Alicia, comme trois fois la première lettre de l'alphabet pour marquer le début de vies adultes, l'initiation à trois, la sainteté du triptyque en figure iconique, la sincérité devant la carte du tendre... Navidad, qui signifie Noël en espagnol (si bel espagnol parlé au Chili), raconte avec sens de la pureté liée à cet âge (Aurora, le début du jour, et Alejandro, qui aime son prénom parce qu'il lui évoque le destin particulier d'Alexandre le grand, ont 18 ans, Alicia en a 15 mais déjà comme eux un regard où se mêlent innocence et gravité), Navidad s'ouvre sur l'entrée par effraction d'Aurora et d'Alejandro dans la maison déjà vendue du père d'Aurora. Celui-ci, dont on ne verra qu'une photo mais dont on ressentira la présence, est mort, dira-t-elle, et elle recherche ses vinyls qui sont l'héritage chanté et enchanté des années 70, où Victor Jara était encore en vie (une des musiques du film est une de ses compositions), quand les militaires d'Augusto Pinochet ne lui avaient pas encore coupé les doigts et la langue avant de l'assassiner - et la transmission d'un esprit de fête, de danse, d'herbes fumées et d'amour pour la nature et les êtres.

Heurts de jalousie, explications réclamées, difficulté à se rapprocher même s'ils ont déjà été amants, Aurora et Alejandro sont comme deux entités qui se cherchent et s'apprennent, se jugent et se pardonnent, tour à tour acceptent les silences et mettent en mots les troubles qui les agitent et à la fois les paralysent, décident de ne plus passer ensemble ce Noël d'amoureux/amis qui pourtant s'annonçait possible, intime et secret, loin du monde, un monde immense - dont les paysages magiques bientôt nous gifleront - et pas toujours bien intentionné à leur égard. Mais la découverte d'Alicia, fugueuse diabétique venue s'échouer sur ce radeau des Noëls de la marge, va les réunir comme ils ne l'attendaient plus, parce qu'elle est le chaînon utile, le lien, une solitude à protéger de ce qui l'a fondée dans la souffrance : le mensonge. S'aidant de quelques verres d'alcool partagés, ils vont vivre alors ce qu'ils sont vraiment et n'est pas tout à fait répertorié dans les annales de leurs professeurs... puis repartir dans les villes, sur les routes, comme des grands...

Second long-métrage de Sebastián Campos (qui a changé son nom pour Leilo), après La Sagrada Familia, Navidad nous ôte désormais tout doute sur la valeur de ce style improvisé qui est la marque de fabrique de ce jeune réalisateur qui trouve ici toute sa force, dans une construction maîtrisée et envoûtante. Si les ambiances semblent flotter au gré des événements qui hissent cette histoire à une hauteur poétique extrêmement émouvante, les données dramatiques sont toujours "bouclées" à des tournants où on ne les attendait plus, nous prouvant ainsi que l'intuitif peut être gage d'équilibre.

Très belle lumière, des images et des âmes, beaux visages et regards bien cadrés, qui, dans leurs drames, nous rassurent parce qu'ils ont peu de filtres et nous montrent une représentation de la jeunesse qu'un cinéma international se plait parfois dans une surenchère contestable à salir, très justes interprétations (Manuela Martelli était la poignante Silvana de Machuca de Andrès Wood en 2003), grand souffle lyrique au sens noble du terme, ce film se passe au fond d'explications rationnelles tant il est construit sur un fil. Le fil de vérités approchées qui se précisent, avec comme dans le précédent film, mais de façon encore plus aiguisée et assurée, la question posée de la filiation. Chacun des trois protagonistes se demande au fond comment tenir debout, comment trouver sa respiration pour que les statues ne perdent plus leur tête. A voir de toute urgence, on l'aura compris. Un moment bien plus salutaire que ceux passés devant quelques mauvais films dont la rumeur parisienne parle décidément un peu trop.

Michel MARX


Navidad Bande Annonce du film
 

 

 

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