La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Nénette et Boni de Claire Denis

Nénette et Boni de Claire Denis

(sortie le 29/01/97, 1h43)

Avec Alice Houri, Grégoire Colin, Jacques Nolot, Vincent Gallo, Valeria Bruni-Tedeschi  

C'est le film du désarroi.  Un frère et une soeur, à peine adultes, sans parents ou presque, perdus dans un Marseille de fin du monde (de fin d'un monde?) ne savent pas ce qu'ils feront de l'enfant Nénette et Bonique porte la jeune fille. De l'aveu même de la réalisatrice, c'est l'histoire, un peu, des Enfants Terribles de Cocteau, c'est vaguement Pagnol. C'est surtout la peinture d'êtres perdus dans un monde privé de sens. Les films précédents de Claire Denis étaient admirables (avez-vous vu, avant J'ai pas sommeil, l'extraordinaire S'en fout la mort?). En peignant ces êtres désorientés, a-t-elle su cette fois-ci où elle allait? Il vaut mieux certes voir un film à moitié réussi d'une grande cinéaste qu'un film tiré au cordeau par un tâcheron sans inspiration. Car très souvent, dans Nénette et Boni, passe l'aile de l'ange du cinéma, ange mystérieux qui aurait plu à Cocteau, et qui retient le spectateur, malgré les incohérences du scénario, les négligences mêmes de la construction. Il faut avouer que cette histoire est un collage de situations disparates, artificiellement réunies pour "faire une histoire", pour aboutir aux scènes très émouvantes de la fin du film, l'accouchement dramatique de Nénette et les rêves éveillés de son frère Boniface. On devrait peut-être, comme dans un rêve justement, se laisser porter par les visions de Claire Denis. Au cinéma, la description des rêves demande pourtant une rigueur qui  a manqué cette fois-ci à l'une des meilleures cinéastes françaises.


René MARX (article publié en 1997 dans Fenêtres sur Cours)


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