La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Pardonnez-moi de Maïwenn

Pardonnez-moi de Maïwenn

(Film français réalisé par Maïwenn - Genre : Drame psychologique - Année de production : 2005 - Date de sortie : 22 Novembre 2006 - Durée : 1h 26min.)

Acteurs :
Violette : Maïwenn - Dominique : Pascal Greggory - Billy: Hélène De Fougerolles - Paul : Aurélien Recoing - Nadia: Mélanie Thierry - Lola : Marie-France Pisier - Alex : Yannick Soulier - Le vendeur de caméras : Franck Bussi - La psychanalyste : Marie-Sophie L. - L'amie de Violette : Rita Dalle - La vendeuse du magasin de jouets : Louise-Anne Hippeau - L'amie de Billy : Camille de Sablet - Le grand-père : Abdelkader Belkhodja

Scénario : Maïwenn

Equipe technique
Directrice de la photographie : Claire Mathon
Compositeur : Mirwais Ahmadzaï
Monteuse : Laure Gardette
Mixage : Emmanuel Croset
Costumière : Marité Coutard
1er assistant réalisateur : Georges Ruquet
2ème assistant réalisateur :Romain Sandère
Ingénieurs du son : Pierre-Yves Lavoué, Sandy Notarianni, Rym Debbarh-Mounir
Scripte : Mylène Mostini
Directeur de production : Patrick Nebout
Producteurs : François Kraus - Denis Pineau-Valencienne - Maïwenn
Coproducteur : Bruno Ledoux
Activités sociétés
Production : Maï Productions, France - Les Films du Kiosque, France
Distribution : Société Nouvelle de Distribution (S.N.D.), France

pardonnez-moiJe n'avais pas vu de film depuis Babel de Alejandro González Inárritu, et je me dis en sortant de la salle où je viens de voir le premier long-métrage de Maïwenn qu'il ne faut pas aller trop souvent au cinéma, que ces deux fois pourraient suffire à me remplir pour l'année, tant Babel est un message sur le labyrinthe qu'est le monde et Pardonnez-moi un message à tout ce que l'amour devrait empêcher de faire, les saletés, les lâchetés, les coups bas, les silences, les mensonges, qu'on ne pèse peut-être pas et qui vous font vingt ans après écarquiller les yeux devant la souffrance de votre enfant qui en est encore à essayer de se construire sur le désastre que vous lui avez donné pour base. Car c'est ce que montre ce moment indéfinissable tant il vous arrache le coeur. Je n'avais pas pleuré ainsi au cinéma depuis des années, 1h26 de larmes mêlées à celles de cette réalisatrice qui se met en jeu jusqu'à jouer le rôle de la protagoniste : Violette. Violette, devrait-on y lire, interprétation bien plus profonde que celle de ce père dont la parole n'est même pas une parole mais une sorte d'aphasie de lâche qui se réfugie dans une guitare et qui raconte devant tout le monde qu'elle s'est appelée Violette parce qu'il portait à l'époque un pull violet qu'il aimait bien - et la mère, dégoulinante de maquillage et d'une salope insouciance ajoutant qu'elle est touchée qu'il s'en souvienne, Violette demandant ce que le pull est devenu et lui, lui répondant qu'il l'a donné, qu'il donne tout... Violette est bien la fille d'un viol, symbolique bien sûr certains diront, le viol peut-être de l'ordre établi, le viol des lois du mariage, le viol de la vie, mais un viol. Car sa mère s'est "fait faire" une enfant par un autre, et même si cette enfant ce n'est pas elle, c'est sa soeur Nadia, aussi blonde qu'elle est brune, Violette a sans doute été voulue, mais elle a payé pour une autre, cette soeur sûrement ou d'autres, d'autres "accidents" que le père ne pouvait atteindre parce qu'ils n'étaient pas dits et qu'il avait sans doute été choisi pour cela : se taire. Ce père qui ne peut donc demander pardon, dût-elle tout rejouer devant lui, savait-il même qu'il tapait sur Violette, à lui faire bouffer sa pisse pendant toute son enfance, parce qu'il n'avait pas su s'opposer à sa femme, une femme qui aimait et aime encore, de ses propres mots, le youplala, et a rencontré Paul alors qu'il y avait déjà Dominique. Seulement voilà, Paul réapparaît vingt ans plus tard, l'air d'abord un peu troublé tout de même par Violette, la ressemblance avec sa mère, et de plus en plus force tranquille, parce qu'il est temps de tout dire, même l'indisible. Violette, qui est enceinte, achète une caméra DV petite et maniable, suffisamment ridicule pour que personne ne croie qu'elle fait un film... Et elle emmène cet oeil partout, jusqu'aux toilettes, cet oeil c'est son énergie lui dit sa psychanalyste qui accueille ses pleurs même un dimanche, son énergie de filmer qu'elle doit peut-être - phrase terrible - aux coups de ce père, aux cicatrices dont son compagnon, qui a peur du mariage, Alex, nie l'origine, chaîne ininterrompue d'hommes douteux. Un père qui s'appelle Dominique, prénom duel comme Billy, la deuxième soeur de Violette (trois soeurs telles trois petites notes de musique) - qui console si gentiment ce père, et qui a une copine qui comme elle porte un prénom qui irait tout aussi bien à un garçon, le mot lesbienne étant lancé comme on plaisante entre deux verres... - êtres qu'elle filme en face et qu'elle singe pour qu'ils se voient, excellente actrice, mais joue-t-elle ? Hurlements à la famille assassine et à son silence qui a tout couvert comme des couches de beurre sur une tartine - les critiques ont cité à juste titre deux films magnifiques, A nos amours de Maurice Pialat en 1983 et Festen de Thomas Vinterberg en 1998 - poème d'amour au bébé qui va naître et à qui elle doit la vérité. Violette-Maïwenn, actrice, réalisatrice, enquêtrice, psychanalyste des siens, fait avec ce premier pas davantage que nous bouleverser. Elle met au placard tous les films inutiles, elle nous fait rentrer chez nous la tête basse, laissant dans la continuité de son histoire la place aux mauvais souvenirs et aux remises en question. Elle nous invite à la relever après les coups - le coup de cette première oeuvre magistrale, directe, et d'un courage inouï, avec un tréma comme dans Maïwenn, qui ne se fait appeler que par ce prénom, un tréma comme un trémolo dans la gorge, déni du patronyme qui montre que la vie elle-même est une tragédie et que nous sommes ses enfants. Et l'on pourrait en dire encore mais trop de mots parfois... Alors arrêtez tout, sortez, et allez voir "Pardonnez-moi".

Michel MARX

site de Maïwenn: www.maiwenn.com/

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