La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Pas sur la bouche de Alain Resnais


Pas sur la bouche de Alain RESNAIS

Pas sur la boucheComme on demandait à Resnais ce qu’il pouvait espérer au cinéma d’un prétexte aussi mince et futile qu’une opérette de 1925, il eut cette réponse géniale, qu’on pourra méditer pendant encore quelques siècles: “Le coing ce n'est pas très intéressant, mais la gelée de coing ça devient intéressant.” Son dernier film, c’est exactement cela. Dans notre monde d’aujourd’hui, si cruel, angoissant, moderne et tout ce qu’on veut, comment s’intéresser à des gens qui boivent du porto dans des verres de Lalique, lisent l’Action Française en exploitant des centaines d’ouvriers métallurgistes, à des femmes qui se font livrer une robe par jour ou jouent à se faire peur en “flirtant”, comment s’intéresser à ces bourgeois idiots qui, en plus, se mettent à chanter, on ne sait pourquoi, en jetant des homards dans des faitouts en cuivre? Eh, bien, pour rien, pour le plaisir, parce que tout le monde est content quand Resnais raconte n’importe quoi, parce que, simplement, il le raconte bien. A plus de quatre-vingts ans comme depuis toujours, Resnais joue avec le cinéma comme avec un Meccano et offre à ses acteurs (et à ses spectateurs) des amusements de luxe. Vive le luxe, par exemple, quand il s’offre Darry Cowl en concierge à chignon et charentaise à carreaux, vive le luxe quand il se permet de cadrer tranquillement Pierre Arditi devant une tête de cerf, pour ajouter dans le dialogue, des fois qu’on suivrait pas, “je ne sais pas ce que je porte sur la tête”. Que ceux que ça n’amuse pas mangent leur chapeau.

René MARX (article publié en décembre 2003 dans Fenêtres sur Cours)

Accueil | Copyright | Contact | ©2005 René Marx