La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Sâdhu de Gaël Métroz

Sâdhu de Gaël Métroz

Documentaire réalisé par Gaël Métroz

Sortie en salle (France) : 6 novembre 2013

Durée : 1h33

Distributeur : Urban Distribution
Année de production : 2012

Sadhu

Le jeune documentariste suisse Gaël Métroz, qui avait réalisé en 2008 Nomad's Land – Sur les traces de Nicolas Bouvier, voulait depuis faire un film sur les Sâdhus*. Parti à la "Kumbha Mela", un pèlerinage hindou où soixante-dix millions millions de pélerins se réunissent tous les douze ans sur les bords du Gange, pour y chercher un protagoniste, Gaël Métroz finit par se lier d'amitié avec Suraj Baba, qui vivait d'offrandes depuis huit ans dans une grotte à 3200 mètres dans l'Himalaya, seul, et venait là pour revoir un peu le monde.

Un monde grouillant et bruyant que Suraj Baba trouve très hiérarchisé, des grands Sâdhus vénérés aux apprentis, et en cela copié sur le modèle du monde banal. Il se met donc à douter : pourquoi est-il Sâdhu ? Quand il parvient à parler, ce ne sera pas facile, huit ans dans une grotte à méditer ça ne l'a pas rendu bavard, il racontera avoir commencé à être initié à 17 ans, dans un ashram, après avoir eu une enfance bourgeoise, avoir fait partie d'un groupe de rock (Suraj est guitariste), puis perdu ses parents et s'être fait voler le restaurant que lui avait légué son père. D'où le choix de cette voie mystique.

Apprentissage du yoga par un maître, puis formation de disciples, puis retraite qui va durer huit ans pour accomplir un voeu de libération intérieure qui doit passer par la solitude. Que Gael Métroz veuille le filmer, peu lui importe, mais qu'il trouve en lui un compagnon pour continuer sa recherche de vérité dans la marche, pourquoi pas. Impossible forcément d'imposer à Suraj une équipe de tournage. Gael sait-il alors (et son producteur suisse!) que ce tournage va durer dix-huit mois, depuis l'Inde et les plaines des berges du Gange, à travers les cols de l’Himalaya, puis au Nord-Est du Népal pour se diriger vers le Tibet, où Suraj Baba va prendre une nouvelle décision qui engage Gaël à le laisser de nouveau seul ?

Retour en Suisse avec 250 heures de rushs, montage au cours duquel il se demande forcément ce qu'est devenu son "personnage".

Ces dix-huit mois, explique le réalisateur, ont bien sûr répondu chez lui aussi à une quête. Gaël Métroz ne cherche pas à faire un film par an, il est d'un autre rythme... loin de l'hystérie d'un certain cinéma de fiction. D'ailleurs à la question : "Quelle est la différence entre documentaire et fiction", il répond, avec le même sourire lumineux que son Sâdhu : "Pour un documentaire on ne paie pas les acteurs, et on ne refait pas les prises. Sinon, c'est la même chose."

Et quand on lui demande ce que lui a apporté une telle expérience, qui peut sembler incroyable à tout spectateur qui aura bien raison d'aller voir ce film magnifique, il répond : "J'ai appris que quand on quitte la peur, la vie répond." Ce que les Sâdhus, qui ont la parole religieuse, traduisent par cet aphorisme : "Dieu pourvoit !".

Beauté des paysages, dégagement des horizons, calme de cette marche entrecoupée d'arrêts pleins d'enseignements - des choses simples et qui font tellement de bien quand on commence à être fatigué par l'escalade érotico morbide du cinéma affamé et à peine souterrainement racoleur - Sâdhu réconcilie avec le besoin de grandir à travers la transmission. Car il s'agit bien de transmission, de Suraj Baba à Gaël Métroz, de Gaël Métroz aux spectateurs (avec des images à couper le souffle malgré les conditions pourtant simples de tournage du point de vue matériel). Et si peu de salles dispensent cet enseignement - un documentaire suisse sur l'Inde ne fait pas (encore) le buzz même si l'on apprend qu'en Suisse le nombre d'entrées est justement et à juste titre impressionnant pour un documentaire, il faut d'autant plus vous précipiter et emmener vos familles et amis. On sort comme nettoyé de ce qu'il reste de ces 250 heures filmées : 1h33 de pureté, et pour ceux qui craindraient de s'y ennuyer, l'humour est aussi au rendez-vous, parce que la sagesse ne veut pas dire l'ennui, et les doutes pétris de silence et de mots épars de Suraj Baba semblent tellement nous rencontrer qu'on en sort destabilisé et curieusement heureux, même si on l'a laissé seul et incertain, avec l'envie de partager cette joie, cette main tendue vers l'immensité.

Michel Marx

* Sâdhu : Du sanskrit «homme de bien, Saint Homme», le sâdhu fait vœux de pauvreté et chasteté. Il est le personnage mythique de l’Inde, représentant à la fois la philosophie et le rejet des biens matériels au profit de la spiritualité.
« Sadh » signifie la vérité et « sâdhu », celui qui cherche la vérité.
Les sâdhus coupent tout lien avec leur famille, n’ont aucune richesse. Ils vivent retirés ou mendient sur les routes d’Inde et du Népal en se nourrissant du don des dévots. Ils constituent aujourd’hui 0.5% de la population indienne, mais les authentiques sâdhus ne se montrent généralement pas en dehors de la Kumbha Mela. Ils pratiquent la méditation. Pour se détacher des souffrances physiques qui rendent l’homme vulnérable, ils s’imposent de multiples mortifications comme se coucher sur des lits de clous, se tenir sur une seule jambe, garder éternellement son bras levé, garder le silence ou l’immobilité…


SÂDHU - BANDE ANNONCE - AU CINEMA LE 6 NOVEMBRE par UrbanDistribution 

 

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