La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Singularités d’une jeune fille blonde de Manoel de Oliveira

Singularités d’une jeune fille blonde de Manoel de Oliveira

Film portugais. Genre : Drame - Titre original : Singularidades De Uma Rapariga Loira
Année de production : 2009 - Date de sortie : 02 Septembre 2009 - Durée : 1h 3min.
Réalisé par Manoel de Oliveira

Macário : Ricardo Trepa
Luisa Vilaça : Catarina Wallenstein
Oncle Macário : Diogo Doria
Caixeiro : Carlos Santos ( IV )
Dona Vilaça : Julia Buisel
La femme du train : Leonor Silveira
L'homme au chapeau de paille : Rogerio Samora
et Luís Miguel Cintra, Gloria De Matos, Miguel Guilherme, Paulo Matos

Directeur de la photographie : Sabine Lancelin
Montage : Catherine Krassovsky et Manoel de Oliveira
Ingénieur du son : Henri Maikoff
Scripte : Julia Buisel

Production : Les Films de l'Après Midi, France
Eddie Saeta S.A., Espagne
Filmes do Tejo, Portugal
Distribué par Epicentre Films

Singularités d'une jeune fille blonde

 

Singularités d’une jeune fille blonde

Le quotidien Libération prétendait il y a peu que Manoel de Oliveira “carbure au Coca-Cola”. Ce genre de révélation n’offensera sans doute pas le maître portugais, toujours en équilibre entre le sérieux, le loufoque, le mélancolique, le superficiel et le profond. Son dernier film, à quoi carbure-t-il ? Au temps qui passe bien sûr. Ce n’est pas parce qu’il va fêter ses 101 ans en décembre, ou bien peut-être est-ce pour cela… Il adapte ici une nouvelle écrite en 1870 par José Maria Eça de Queirós (il n’avait, lui, que 28 ans !) et la transpose, apparemment, dans le Lisbonne d’aujourd’hui. Les voitures, les rues sont d’aujourd’hui, le héros possède un ordinateur, mais tout est décalé, les sentiments, les relations, les dialogues, tout paraît venir d’un temps lointain où les oncles acariâtres pouvaient interdire à leurs neveux d’épouser la jeune fille de leurs rêves… Ce décalage permet de s’installer dans l’étrangeté du récit, dans la force romanesque présente dans la nouvelle originale, suivie fidèlement jusque dans ses dialogues. Le temps qui passe n’est pas qu’historique, c’est aussi celui du désir, chahuté par le réel. En effet la vision de la singulière jeune fille n’assure en rien sa conquête (le cinéma c’est aussi le regard sur un monde inaccessible). Elle répond à l’amour de Macário, le “comptable sentimental”, mais tout s’oppose à la réalisation de leur désir: la mauvaise humeur de l’oncle, l’argent, la trahison des amis, les embûches déposées par le destin. C’est alors le récit de ces cahots temporels, qui promettent sans cesse l’accomplissement, et le retardent sans pitié. Les cadres sont admirables, miroirs, fenêtres, vitrines, encadrements de portes, jusqu’à un train en mouvement qui transporte l’histoire elle-même. On y trouve de l’absurde: l’homme qui cherche son chapeau dans la nuit, l’oncle dont on ignore s’il est bon ou méchant, la jeune fille qui ne dévoilera peut-être rien de son mystère. Mais on y trouve aussi une poésie hautaine, d’un homme qui regarde de plus haut que nous tous, sans vertige et en s’amusant. Quand un comédien célèbre récite Fernando Pessoa au milieu du film, de façon presque inopinée, la caméra s’éloigne et on le voit de très loin, avec, au premier plan, une table de jeu où les cartes décident du hasard et du sort des amoureux trop naïfs.

René MARX (publié dans Fenêtres sur Cours)

 

Accueil | Copyright | Contact | ©2009 René Marx