La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Spider de David Cronenberg

Spider de David CRONENBERG

SpiderVoilà un film-cauchemar. Ni effet spécial, ni scène d’horreur, seulement l’angoisse lourde de la paranoïa, de la difficulté du fou à connaître la vérité. On ne peut rien raconter ou presque, car l’effet de surprise fait partie du déroulement du film. On se contentera de dire que ce personnage interprété par Ralph Fiennes doute de tout et d’abord de lui-même et fait douter le spectateur jusqu’au bout de l’histoire, et après. Le titre même du film n’est expliqué que tard dans le récit. En sortant de la salle, on peut se demander si cette araignée (“spider” en anglais) est citée pour exalter son habileté de tisseuse ou, ironiquement, pour rendre dérisoires les efforts du héros pour tisser sa propre toile.  Dans ce chemin douteux on songe à un grand film, “Les autres” d’Amenabar, mais “Spider” accorde beaucoup moins d’importance au fantastique. “Psychose” et “Vertigo” d’Hitchcock ne sont pas loin non plus, mais Cronenberg n’est pas là pour imiter Sir Alfred. On pense à ces films plus à cause de la confusion durable entre les personnages, leurs rôles, leurs actions, que pour des raisons de style. Pour recréer un Londres cafardeux, vide, des intérieurs moisis, Cronenberg a suscité des décors extraordinaires, des jeux d’acteurs très originaux. Il faudra sans doute voir Spider plusieurs fois, une fois les premiers étonnements passés, pour en percevoir toutes les beautés (et toutes les laideurs). Du grand art pour raconter une histoire à la fois sinistre, humaine, sordide et magique.

René MARX (article publié en novembre 2002 dans Fenêtres sur Cours)

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