La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Terre promise de Amos Gitai


Terre promise de Amos GITAI

avec : ANNE PARILLAUD - HANNA SCHYGULLA - ROSAMUND PYKE

Terre promiseLe cinéaste israélien Amos Gitaï veut évoquer le parcours de femmes d’Europe de l’Est vendues aux enchères par des proxénètes agissant entre l’Egypte, le Sinaï et Israël. Comme Coline Serreau, qui réalisa en 2001 le très beau “Chaos”, Gitaï montre avec réalisme et minutie le parcours inhumain, ou trop humain, des victimes d’un tel trafic. Comme Serreau, il est un polémiste intraitable et humaniste. Mais il est aussi, comme dans tous ses films précédents, un incroyable explorateur des possibilités du cinéma. Terre Promise montre la réalité comme le rêve de créatures à moitié éveillées, à moitié conscientes, comme un monde brouillé. Comme les femmes de ce film ne savent jamais très bien où elles sont, dans quelle région, dans quelle boîte sordide, face à quel ennemi, le spectateur lui-même est confronté à un travail constant sur le flou, la demi-obscurité, la confiance presque donnée et retirée aussitôt. Gitaï mêle des visages inconnus à des apparitions d’actrices célèbres: Anne Parillaud est ainsi une terrifiante marchande de chair humaine, froide, affairée, affairiste. Et Hannah Schygulla, en créant un personnage qui fait penser à Laura Betti, permet de montrer que Gitaï s’approche parfois du dernier Pasolini. Surtout dans ce traitement à la fois clinique et moral du commerce, du trafic qui s’institue autour du corps, du sexe, de la déchéance érotisée. S’il rappelle ainsi parfois Pasolini, il est surtout lui-même, un très original et très troublant inventeur de formes mises au service d’un propos bien ancré dans le monde réel et ses horreurs quotidiennes, paisiblement continuées, parfois interrompues par le hasard, ou la révolte.

René MARX (article publié en janvier 2005 dans Fenêtres sur Cours)

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