La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : The Bubble de Eytan Fox

The Bubble de Eytan Fox

Film français, israélien - Titre original : Ha-Buah - Genre : Drame - Année de production : 2006 - Date de sortie : 04 Juillet 2007 - Durée : 1h 57min.

Réalisation : Eytan Fox
Scénario : Eytan Fox et Gal Uchovsky

Avec :
Noam : Ohad Knoller
Yali : Alon Friedman
Ashraf : Yousef Sweid
Lulu : Daniela Wircer
Shaul : Zion Baruch
Jihad : Shredy Jabarin
Lui-même : Lior Ashkenazi
Rana : Ruba Blal
Sharon : Oded Leopold
Golan : Zohar Liba
La mère de Lulu : Miki Kam
Dana : Avital Barak
Orna : Yael Zafrir
Ella : Noa Barkai
Le père d'Ashraf : Hussein Yassin Mahajne

Directeur de la photographie : Yaron Scharf
Compositeur : Ivri Lider
Monteur : Yosef Grunfeld
Costumier : Ido Dolev
Ingénieur du son : Gil Toren
Producteurs : Gal Uchovsky, Amir Feingold et Ronen Ben Tal
Production : Uchovsky Fox, Israël
Distribué par Ad Vitam, France

The Bubble a reçu le Prix du Public ainsi que le Prix CICAE, au Festival de Berlin 2007.


The bubble

Israël, 2007, une colocation (et le terme est fort signifiant) heureuse dans la rue Shenkin, le secteur branché de Tel Aviv surnommé la "bulle", d'où le titre du film. Il y a Lulu, plus que ravissante vendeuse de produits de beauté dans une boutique bon chic bon genre où elle épingle les clientes quand elles y vont de leurs allusions anti-arabes - Lulu est une impulsive qui voudrait croire à l'amour mais se méfie des garçons quand ils se mettent à être gentils - Noam, jeune et plus que charmant disquaire qui effectue son devoir de réserve au Check Point de Naplouse dégoûté par ce qu'il y voit, et Yali, empli d'un charme plus que délicat, gérant d'un café à l'image du quartier où se retrouve la jeunesse in, comme à l'écart d'une guerre qui est pourtant quotidienne pour tous. Un café plutôt gay car il faut dire que Yali est homosexuel comme l'est Noam. Mais ils ne sont pas ensemble, même si cela interroge Yali. Noam le lui dira, c'est parce qu'il juge Yali le type le plus chic du monde et que leur amitié est à vie. La vie c'est la musique, ici composée et interprétée en grande partie par la star de rock actuel en Israël, Ivri Lider, que l'on voit chanter The man I love dans une scène émouvante qui est au coeur de cette chronique des années de bombes. La vie c'est aussi l'amour, l'amour qui déborde parce qu'ils sont jeunes, qu'ils vivent librement leurs diverses sexualités, qu'ils sont complices et forment une famille en rempart à celles qui ne les ont pas toujours bien compris, qu'ils disent les bons mots au bon moment parce qu'ils n'ont pas de fausses pudeurs et sont soutenus par leur complicité triangulaire qui est comme une arme dans l'existence. Une arme qui se passerait bien des autres, des vraies, celles qui crépitent en l'air et parfois s'abattent sur les individus, pour un agacement, un doute, une vengeance. Le surgissement d'un jeune Palestinien qui parle hébreu (mais ne connaissait pas le sens figuré de s'éclater), Ashraf, tout aussi beau que tous sont beaux de vérité à pleurer, que rencontre Noam lors d'un triste accouchement au Check Point, va bouleverser la très relative tranquillité de ce petit monde qui milite pour la paix et crie sur un mégaphone son besoin de liberté. La liberté c'est une rave party sur une plage, des baisers, une frontière traversée en tous sens jusqu'à ce que l'étau se referme et que cette liberté d'être affiche son vrai prix, une tenaille qui ne laisse pas de chance à la passion entre un jeune israélien et un jeune palestinien, du moins pas sur cette terre, aujourd'hui. Un film d'une densité et d'une vivacité remarquables, fameux montage, rythme qui ne nous lâche pas une seconde, mené par des comédiens aux visages souvent pasoliniens, dont la sensualité des corps se mêle dans des fondus intelligents et sentis où l'on passe d'un couple hétéro à un couple homo comme pour mieux encore saisir la symbiose entre ces amis et amants bercés aux mêmes espoirs, dans la même ville, le même pays. Des amis parfois comiques - à l'entourage souvent cocasse et inattendu par ses contradictions - comme dans une très bonne série télévisée (Eytan Fox avait travaillé sur Florentine, une série à succès sur la jeunesse de Tel Aviv), toujours sensibles, qui évite les clichés même si leur trajectoire passe par quelques scènes inévitables vu le contexte politique où elle se situe. Mais dire qu'un attentat est un cliché serait excessif. Et c'est d'ailleurs ce que montre The Bubble : suspendu à son portable, même s'ils semblent tous habitués aux catastrophes, chacun cherche sans cesse à joindre les autres pour s'assurer que tout continue, qu'il va y avoir encore de bons moments, pour courir, aimer, comprendre ensemble, ne pas forcément trouver les bonnes réponses mais s'interroger toujours, ne pas relâcher le débat. Rien n'est un cliché quand tout est personnel, imbriqué, quand les souvenirs d'un square où les petits israéliens et les petits palestiniens pouvaient encore jouer ensemble n'est pas si loin et que pourtant le sang a noyé la distance. Le sang c'est aussi la mort de la mère de Noam, que le personnage évoque plusieurs fois, donnant à sa manière de regarder encore plus de grandeur d'âme, mère admirée, dont le visage semble se confondre étrangement en de courts instants avec celui de Lulu, et qui voulait une société plus égalitaire, tout comme la mère du réalisateur décédée en 2005, à laquelle le film est dédié, qui lutta pour la mixité judéo-arabe à Jérusalem. La mixité c'est ici celle des peuples et des passions, des genres, de la comédie au drame. Et c'est passionnément le cinéma que défend le réalisateur de, entre autres, Tu marcheras sur l'eau (2004), une caméra au plus près des intentions, des tentatives, des réussites, de ses interprètes saisissants de naturel et d'intensité, d'une simplicité aussi communicative que leur recherche d'extase est troublante. Ce film est un très beau moment de vie, comme une embrassade, suspendue quelque part, dans un présent qui nous parle, nous fait visiter deux côtés d'une frontière, nous montre l'inquiétante réalité de deux mondes, trois, mille, un seul peut-être... un peut-être qui est le dernier mot du film, déchirant.

Michel MARX

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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