La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : The host de Joon-ho Bong

The host de Joon-ho Bong

(Film sud-coréen - Titre original : Gwoemul - Genre : Fantastique - Année de production : 2006 - Date de sortie France: 22 novembre 2006 - Durée : 1h 59min)

Réalisé par Joon-ho Bong
Scénario : Joon-ho Bong, Won-jun Ha et Baek Chul-hyun

Comédiens :
Park Kang-du : Song Kang-H - Park Nam-ju : Bae Doona - Park Nam-il : Hae-il Park - Park Hie-bong
Byeon Hie-bong - Park Hyun-seo : Ah-sung Ko - Le clochard : Yoon Je-moon - L'homme en combinaison : Kim Roi-ha - L'ancien camarade de Nam-il : Yim Pil-sung - Se-ju : Lee Dong-Ho - Se-jin : Lee Jae-eung - Shades : Park no-syk

Directeur de la photographie : Kim Hyung-Goo
Compositeur : Lee Byung-Woo
Monteur : Kim Sun-min
Chef décorateur : Ryu Seong-hee
Costumier : Cho Sang-Kyung
Maquilleur : Song Jong-hee
Superviseur des effets visuels : Kevin Rafferty

Producteur : Choi Yong-bae
Coproducteur : Joh Neung-yeon
Producteurs exécutifs : Kim Woo-Taek et Jung Tae-sung
Activités sociétés :
Production : Showbox / Mediaplex, Inc., Corée du Sud - SBS, Corée du Sud
Effets visuels : The Orphanage, U.S.A.

Distribué par Océan Films
Attaché de presse : Pascal Launay

The Host a été présenté à Cannes en mai 2006 dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs.

The host

Quelle est la différence entre un bijou dans un écrin et un diable dans sa boîte, ou entre une vie aux apparences tranquilles et une eau polluée où mutent les espèces ? A Séoul, mais ce pourrait être à Belle-île, le vieux et courageux Park Hee-bong est le patron d'un snack au bord de la rivière Han.

Son fils aîné, Gang-du, travaille avec lui mais a une fâcheuse tendance à goûter les calamars frits avant de les servir aux clients. Il faut dire qu'il a eu, et ce n'est pas un détail, une particularité dans l'enfance: il était végétarien. D'où son décalage avec tout, le travail comme la vie, et sa tendance à dormir davantage que ceux qui l'entourent. La fille de Hee-bong, Nam-joo, elle, est une professionnelle du tir à l'arc. Sa particularité : vise bien mais prend son temps.

Il y a le fils cadet, Nam-il, qui a suivi des études mais ne semble pas trouver pour autant du travail. Toutefois, ses diplômes lui donnent un sentiment de supériorité suffisant pour sadiser son frère. Enfin il y a la fille de Gang-du, Hyun-seo, héroïne absolue, qu'il élève sans la maman, n'étant pas toujours exactement dans la norme (il lui fait boire de la bière alors qu'elle n'en a pas encore tout à fait l'âge), mais l'aimant suffisamment pour que... suite à ce que l'on pourrait appeler la faute volontaire qui ouvre le film et donne naissance à la bête qui va mettre la région puis le pays en péril, il lutte jusqu'au bout pour tenter de la sauver.

Et du film gore on bascule alors dans le drame antique, en faisant quelques détours par le mélo et la comédie... Alors ce réalisateur a un tel souffle qu'il ne nous fait pas seulement peur, il nous émeut et il nous donne à réfléchir : quel est ce monde, dit-il, où une famille, somme toute classique, va se tenir les coudes et retrouver, dans le sang et les larmes, une unité pour affronter le monstre que ni l'armée nationale, ni les inévitables Américains, ne savent mettre hors d'état de nuire, malgré le déploiement anarchique et spectaculaire de moyens qu'ils déversent comme si le fleuve pouvait encore absorber plus de mal qu'il n'en a déjà reçu ?

Quel est ce monde de mensonges, bassesses, fausses informations, sensationnalisme et récupérations, dans lequel l'individu fragile cherche la vérité, jeté dans une fosse ou dans les recoins des arcades humides où la patrouille masquée empêche quiconque d'approcher, les uns dénonçant les autres, les errants s'abritant sous des tentes, les écologistes affrontant la police pour une cause dont on découvrira plus tard la possible vanité ? Ce monde c'est le nôtre, un monde en 3D et en dérive, où la nostalgie consiste à se souvenir des nouilles réchauffées que l'on prenait ensemble autour d'une table de fortune, avant la bête, quand les petites querelles et les moments de bonheur prenaient en alternance tout l'espace, quand les dimanches au bord de l'eau avaient le goût mêlé de la précarité et du bon temps. Alors quelle est donc cette bête qui sommeille en nous quand nous quittons la salle où nous avons tremblé et que nous n'évitons pas les cauchemars qui s'ensuivent ? Cette bête c'est, traduction du titre en anglais choisit par l'auteur lui-même (le titre original en Coréen signifiant seulement monstre) l'organisme vivant qui héberge un parasite, mais aussi, second sens de the host, l'hôte, celui qui reçoit.

Ce qui est reçu ici est le mal absolu, et celui qui reçoit est le peuple, un peuple manipulé et lobotomisé, un peuple hagard et trompé. La bête c'est ceux qui ont eu peut-être simplement le tort de ne pas être végétariens dans l'enfance du monde et, l'érigeant par la violence, en on fait ce qu'il est : dégénéré, frôlaté, avide et pervers, gouverné par des médecins strabiques et racheté par les dormeurs qui s'éveillent. Joon-ho Bong hisse le film fantastique et les effets spéciaux au rang des drames bibliques, mêlant les destins engagés de Gang-du et de sa fille Hyun-seo pour sortir de la fosse. Il montre les pêcheurs et les victimes, il adapte à sa façon, en flirtant avec tous les genres, jusqu'à celui de la dérision lucide, le livre de Jonas, prophète qui dormait un peu trop dans la cale ("Jonas dormait profondément" Chap.1:5). "Ah! Seigneur, nous ne voulons pas périr en partageant le sort de cet homme" (1:14) dirent les marins craintifs qui le jetèrent par-dessus bord. "L'Eternel fit intervenir un grand poisson pour engloutir Jonas, et Jonas demeura dans les entrailles du poisson trois jours et trois nuits." (2:1). Il invoqua Dieu : "Mais tu m’as fait remonter vivant de la fosse" (2: 5). Et Dieu l'entendit : "L'Eternel parla au poisson qui vomit Jonas sur la terre ferme." (2:11). Dans l'Ancien Testament, devant un tribunal improvisé, l'homme qui dort devient l'homme debout et annonce le futur jugement des habitants qui se repentent. Quelque trente siècles plus tard, la société a-t-elle changée ? Joon-ho Bong, absorbant dans sa fièvre lyrique la légende et le réalisme, n'oubliant pas en chemin la portée mythique de la relation trouble entre la Belle et la Bête, nous permet, avec effroi, d'en douter.

Michel MARX

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