La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Tickets de Ermanno Olmi, Abbas Kiarostami et Ken Loach

Tickets de Ermanno Olmi, Abbas Kiarostami et Ken Loach

(Film italien, iranien, britannique - Genre : Comédie - Année de production : 2005 - Date de sortie France : 28 novembre 2007- Durée : 1h 55min.)

Réalisé par Ermanno Olmi, Abbas Kiarostami et Ken Loach

Avec Valeria Bruni Tedeschi, Carlo Delle Piane, Silvana De Santis, Filippo Trojano, Blerta Cahani, Sanije Dedja, Aishe Gjuriqi, Klajdi Qorrai, Martin Compston, Gary Maitland, William Ruane.

Scénaristes : Ermanno Olmi, Abbas Kiarostami et Paul Laverty

Directeur de la photographie : Fabio Olmi, Mahmud Kalari et Chris Menges

Directeur artistique : Alessandro Vannucci
Costumier : Maurizio Basile

Producteurs : Carlo Cresto-Dina, Babak Karimi, Rebecca O'Brien et Domenico Procacci
Fandango [it] - Medusa Produzione [it] - Sixteen Films Ltd. [gb]

Distributeur: Medusa Film
Vente à l' étranger: The Works

TicketsCo-réalisé par l'italien Ermanno Olmi, l'iranien Abbas Kiarostami et le britannique Ken Loach, Tickets est un triptyque sans césure, si ce n'est des fondus enchaînés discrets entre chaque demi-heure qui ne nous font pas quitter ce train où les trois histoires s'enchaînent et se répondent peut-être au-delà de la thématique imposée, le train, une famille de clandestins faisant le lien entre l'ouverture du film et sa fermeture, comme l'ouverture d'une parenthèse et sa fermeture, comme en un seul voyage. Ce voyage est d'abord, avec la pâte sereine du réalisateur de, entre autres, L' Arbre aux sabots, Palme d'or en 1978, et de La Légende du saint buveur, Lion d'Or à Venise en 1988, une réflexion sur la vieillesse (Olmi est lui-même né en 1931); avec de beaux flask-back, plus ou moins lointains, qui sont la pensée flottante de ce chercheur qui lors d'un déplacement professionnel (qui devient un déplacement sensoriel) est séduit par une jeune femme aimable, dans tous les sens du terme, jouée par une Valeria Bruni Tedeschi quasi silencieuse mais présente et solide. Une solidité qui est celle de la jeunesse, des promesses, du temps où l'on n'a pas encore honte de souhaiter être désiré. Autour de ce vieux monsieur, une pression militaire dessine la réalité de notre époque soumise à la menace des attentats, tandis qu'un chef d'orchestre en déplacement répète dans le même compartiment de première classe un morceau qu'il suit sur une partition. Une famille albanaise qui n'a pas de place assise, un biberon de lait renversé, un enfant qui a faim, des regards, des silences, une certaine pesanteur de notre monde cloisonné, trente minutes qui nous emmènent dans le même espace mais pour une autre aventure : celle d'un jeune homme aux beaux yeux clairs qui fait son service civil et qu'exploite la veuve d'un général possessive et héritière d'une autorité sans faille. Seulement voilà, hasard des voyages, dans le compartiment, encore debout, comme la famille albanaise de la première partie - là aussi la question des classes est au coeur de l'intrigue - deux jeunes filles d'une quinzaine d'années reconnaissent le garçon. Une conversation sur des souvenirs communs s'échaffaude au gré des cris de ralliement de la vieille. Des sentiments passent, subtils, flottants également, conscience des limites de l'autre, des liens qui le font et l'arriment, regard aussi sur le temps à travers ces trois générations où tout n'est peut-être que question de désir : désir en formation, déjà nostalgique, abandonné depuis longtemps, douceur et lucidité de cette caméra iranienne dont on apprécie de retrouver la force métaphysique. Le troisième volet nous surprend moins, mais ne nous déçoit pas pour autant, au contraire : Ken Loach y va franchement de sa veine sociale que nous connaissons bien. Trois jeunes supporters du Celtic voyagent ensemble vers Rome avec quelques maigres économies dans une chaussure puante mais surtout trois billets pour un match où leur équipe va se confronter à la Roma. Au passage du contrôleur, il leur manque un ticket. Alors ils remontent les événements qui ont fait que... et l'aveuglement écossais rencontre l'espérance albanaise... où Ken Loach filme les contradictions, l'horreur, la violence du football et l'absurdité de notre société de classes, sachant terminer par une note d'humour et beaucoup d'amour, sachant manier les sentiments et l'engagement, et le prouvant une fois de plus avec intelligence et sensibilité. Drôle d'association donc - roulis incessant (on regrette l'absence quasi totale d'extérieurs mais la règle était celle-ci) - intrigante comme ces voyages en train dont on a accumulé soi-même assez de souvenirs pour être attentif à cet exercice de style, réflexion subtile et croisée sur l'époque, sur l'étirement des espaces de la vie, sur la promiscuité obligée qui permet ou non les rencontres, selon le ticket que l'on a ou pas, selon l'endroit et l'histoire d'où l'on vient.

Michel MARX

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