La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Triple agent de Eric Rohmer

Triple agent de Eric ROHMER

Triple agent Au sujet de son magnifique film précédent, L’anglaise et le Duc, qui se déroulait pendant la Révolution Française, Éric Rohmer avait observé que son héroïne anglaise était sans doute un “agent double”. Cela voulait dire plus qu’une simple espionne ou qu’une adepte d’obscures manœuvres politiques. C’était l’idée de l’ambiguïté des personnages de cinéma, des personnes humaines, de l’inextricable emmêlement de leurs mensonges et de leurs sentiments. Avec d’autres moyens, Triple Agent poursuit cette réflexion. On n’a plus ici d’incrustations de personnages sur des décors numériques, car Rohmer n’est pas parvenu à trouver des images cinématographiques des années 30 sur lesquelles il aurait pu incruster des acteurs contemporains. Cette impossibilité technique l’a amené à raconter une histoire mettant en jeu apparemment Hitler, Staline, Léon Blum et Franco, l’avenir de l’Europe et la vie de personnages historiques en se contentant de filmer des conversations dans quelques appartements parisiens. Le lieu le plus exotique (mais c’est un décor) est Maisons Laffitte dans la banlieue de Paris. Ces contraintes permettent au spectateur de s’intéresser surtoutau dialogue d’un couple, une femme honnête, artiste amoureuse de son mari et un curieux général de l’armée blanche dont on ne saura jamais si il est un mythomane, un génie de la politique, un sentimental ou un traître. Naïf ou génial (mais peut-être les deux) ce personnage de Voronine a quelque chose de fascinant. Interprété par un comédien français d’origine russe, Serge Renko, qui reprend un accent russe qu’il n’a jamais eu pour jouer son rôle, ce Voronine, pérorant et sincère devant sa femme qui ne le comprend pas est une incarnation étonnante et nouvelle dans le défilé presque cinquantenaire des personnages rohmériens. 

René MARX (article publié en mars 2004 dans Fenêtres sur Cours)

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