La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Trop libre de Pia Marais

Trop libre de Pia Marais

Drame allemand - Titre original : Die Unerzogenen - Date de sortie France : 30 Juillet 2008 - Année de production : 2007 - Durée : 1h 35min. (Ce film fait partie de la Saga 3 histoires de famille)

Réalisatrice : Pia Marais
Scénario : Pia Marais et Horst Markgraf

Interprètes :
Stevie : Ceci Schmitz-Chuh
Axel : Birol Ünel
Lily : Pascale Schiller
Ingmar : Georg Friedrich
Louise : Joana Preiss

Production : Pandora Film Produktion, Allemagne

Directeur de la photographie : Diego Martinez Vignatti
Compositeur : Jochen Arbeit, Yoyo Röhm et Horst Markgraf
Monteuse : Daniela Boch et Mona Brauer
Ingénieur du son : Andreas Hildebrandt
Distribution : Pierre Grise Distribution, France
Attachée de presse : Annie Maurette

3 histoires de familleCe film, segment de trois films européens qui sortent groupés : Ca m'est égal si demain n’arrive pas, un film de Guillaume Malandrin (Belgique, Durée : 1h10) - Trop libre, un film de Pia Marais (Allemagne, Durée : 1h35) - Cantique des cantiques, un film de Josh Appignanesi (Grande-Bretagne, Durée : 1h20), raconte l'histoire d'un mensonge qui pèse trop lourd et se voit comme le nez au milieu de la figure, et qui va marquer le personnage à jamais, dans des images qui pourraient être l'anti-conte de fée par excellence, succession de plans glauques où une adolescente forme sa sensibilité dans la cavale d'un clan plus que d'une famille - même si ses parents sans coeur (ou si peu) sont au coeur de la bande - un clan de marginaux dépités par la clandestinité et le trafic qui use, salit, pervertit, et hisse en violence la palette des sentiments humains.

Stevie, jeune fille de 14 ans - qui en fait moins physiquement mais dont la dureté transcrit la maturité - subit le mode de vie dissipé de ces singuliers modèles en forme de têtes de pioches, qui vivent au rythme dissolu de leurs soirées, multiplient les actions illégales, contraints de déménager sans cesse, de mendier des papiers, des autorisations, de jurer que demain tout sera éclairci de leur situation inexplicable. Stevie rêve d'un foyer stable, rassurant, de parents ordinaires, ou moins marginaux, et lorsqu'ils arrivent dans une nouvelle ville, elle les présente comme diplomates à ses nouveaux amis... mais la vérité la rattrape... parce que si elle a le verbe elle n'a pas la stature, la classe, ce petit plus qui fait qu'entre privilégiés il est aisé de se reconnaître. Alors la souffrance sera double, celle d'être ce qu'elle est, et celle d'être démasquée.

Pia Marais donne à voir ici un film, qu'on dit inspiré de sa propre jeunesse, que la facilité pourrrait nous faire définir comme simplement trash. Il est peut-être intéressant de pousser l'analyse et d'aller au-delà de ce qui gêne dans ce brin de complaisance qui semble saupoudrer le récit - autour du sexe affiché par la mère, cherché par la fille - et de faire le constat que ce film est peut-être simplement d'une morale et d'une tentative inhabituelles (même s'il s'inscrit aussi dans la tradition d'une recherche réaliste et noire d'un certain cinéma d'auteur).

Parce qu'il ose, même s'il met mal à l'aise et laisse souvent dans l'interrogation - mais où la réalisatrice veut-elle nous emmener ? se dit-on dans les longueurs, longueurs parce que les personnages semblent rejouer toujours les mêmes défis et la même obligation de vide, de par leur situation au jour le jour - défricher des terrains parallèles, sans pudeur et avec ce mauvais goût dans la bouche de cette petite fille affranchie et pourtant gamine qui doit dessiner la carte du tendre dans des voitures volées et des planques éphémères, regard qui a valeur de documentaire, de descente aux enfers, de portrait d'un monde qui existe bel et bien, celui des dealers et des leurs, caché comme les mauvais rêves, les angoisses d'abandon, dans les recoins inavouables qui taraudent les enfances différentes et terreuses, troublées, trop libres.

Michel MARX

 

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