La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Two lovers de James Gray

Two lovers de James Gray

Film américain. Drame. Année de production : 2008. Date de sortie : 19 Novembre 2008 - Durée : 1h 50min.

Réalisé par James Gray
Scénario : James Gray et Ric Menello

Interprètes :
Leonard Kraditor : Joaquin Phoenix
Michelle : Gwyneth Paltrow
Sandra : Vinessa Shaw
Ruth Kraditor : Isabella Rossellini
Reuben Kraditor : Moni Moshonov
Ronald Blatte : Elias Koteas
Jose Cordero : John Ortiz
Stephanie : Samantha Ivers
Dayna : Jeanine Serralles
Chauffeur de taxi : Uzimann
L'oncle : Evan Lewis
Le serveur : David Ross

Directeur de la photographie : Joaquin Baca-Asay
Monteur : John Axelrad
Chef décoratrice : Carol Silverman
Costumier : Michael Clancy
Coiffeur : Michael Anthony
Maquilleuse : LuAnn Claps
Directeur du casting : Douglas Aibel

Production : 2929 Productions, U.S.A.
Distribution : Wild Bunch Distribution, France
Attaché de presse : Jean-Pierre Vincent
Attachée de presse : Sophie Saleyron

Two lovers

A qui sont destinés les cadeaux ? C'est la question principale que pose cette histoire extrêmement bien interprétée. Car au-delà de la bipolarité qui est la maladie de Leonard, c'est bien l'ambivalence amoureuse et donc destinale qui est développée au fil de ce récit subtilement ciselé où un homme est couvé par ses parents - père et mère juives qui ne relèvent pas du cliché mais sont faits d'excès et de compréhension, tendances également en lutte à l'intérieur d'eux-mêmes, surtout chez la mère, pesante mais fine observatrice - un homme qui cherche à sortir la tête de l'eau (en cela l'ouverture du film est significative) et qui se met donc en devoir - car c'est sous l'alibi du devoir qu'il organise sa fuite - d'explorer l'ailleurs. L'ailleurs c'est une énigmatique mais surtout fragile, et donc ambivalente aussi, voisine blonde, Michelle. Blonde quand la promise de Leonard, présentée par la famille, Sandra, est brune. Voisine de l'autre côté de la cour - de l'autre côté de la religion, qui serait pour Leonard le lieu interdit, celui de tous les dangers et tous les délices - voisine provocante et calculatrice, et peut-être irréelle, quand Sandra est la bonté même, patiente, intelligente aussi, aimante et consciente qu'elle est une case imposée dans l'échiquier des familles respectives que l'intérêt rapproche. Tous savent donc ce qui leur arrive et semblent pourtant devoir laisser se dérouler comme l'exploration d'un risque, d'un autrement. Si les deux femmes sont belles, et elles le sont diablement, c'est parce que James Gray qui signe là un excellent film n'a pas voulu non plus tomber dans l'attendu dilemme entre la bonne et moche fiancée juive et la ravissante, voire perverse, goye. On remarque d'ailleurs que ce n'est jamais ce que l'on attend qui arrive, que les paliers que gravit l'intrigue sont toujours juste à un petit pas d'écart de ce qui aurait constitué une facilité. Et c'est cette avancée dans le fil dramatique tissé comme une toile (James Gray voulait être peintre avant de découvrir le cinéma) qui fait la force tranquille, rigoureuse et pertinente de ce vrai moment de grâce où les sensibilités des personnages sont mises à l'épreuve, où les masques rudoyés tombent sans cesse mais où les visages aux regards profonds tremblent de ne pas savoir ce qui va advenir. Dire qu'il y a un air de Match Point dans Two lovers relève de l'évidence mais aussi de l'erreur à ne pas commettre peut-être, car c'est une approche nouvelle encore à laquelle on assiste avec un intérêt qui se prolonge à la sortie de la salle, quand on se demande, longtemps envahi par ce film en forme de rêve vertigineux, comment s'est articulé avec tant de fluidité un voyage dans les parcours amoureux (trois pour deux possibilités) d'êtres déchirés par l'obligation de réalité. Le talent, tout simplement.

Michel MARX

Site officiel du film : www.twolovers-lefilm.com/

 

 

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