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La vie des films : Un amour de jeunesse de Mia Hansen-Løve

Un amour de jeunesse de Mia Hansen-Løve

Long-métrage français . Genre : Comédie dramatique
Durée : 01h50min Année de production : 2010

Sortie en salle : 6 juillet 2011

Scénario et réalisation : Mia Hansen-Løve

Interprètes :
Camille : Lola Creton
Sullivan : Sebastian Urzendowsky
Lorenz: Magne Havard Brekke
La mère de Camille : Valérie Bonneton
Le père de Camille : Serge Renko
La mère de Sullivan : Özay Fecht

Production : Les Films Pelléas
Coproduction : Razor Film Produktion GmbH
Coproduction : Arte France cinéma
Distributeur : Les Films du Losange

Directeur de la photographie : Stéphane Fontaine - Costumière : Bethsabée Dreyfus - Directeur de production Hélène Bastide - Directrice du casting : Elsa Pharaon - Monteuse : Marion Monnier - Assistant réalisateur : Juliette Maillard - Monteur son : Vincent Vatoux - Décorateur : Mathieu Menut - Décoratrice : Charlotte de Cadeville - Monteur son : Olivier Goinard - Assistant réalisateur : Luc Bricault - Directrice du casting : Antoinette Boulat

 

Un amour de jeunessePrix Louis-Delluc de la première oeuvre pour Tout est pardonné en 2006, remarquée aussi avec Le père de mes enfants Prix spécial à Un certain regard Cannes 2009, Mia Hansen-Løve ouvre, en trois actes, un troisième et grand volet.

1999 : Camille a 15 ans, Sullivan 19. Cet ascendant de l'âge n'est pas le seul, Sullivan, dans la relation, se place toujours plus haut que Camille, décidant pour elle, sûr de faire les bons choix pour eux deux. Ils s’aiment d’un amour passionnel, mais à la fin de l’été, Sullivan s'en va avec des copains, donc sans elle, pour un voyage initiatique de dix mois en Amérique du sud...

Camille pleure. Il lui dit qu'il l'aime mais ne doit pas être tout pour elle, que c'est le seul moyen pour qu'ils avancent, (Son "Camille, je t'aime" nous ramène à la Camille de Perdican dans On ne badine pas avec l'amour d'Alfred de Musset, et donc pour la référence cinématographique et l'héritage stylistique au A nos amours de Maurice Pialat, ni l'un ni l'autre ne finissant bien), un double langage qu'elle n'accepte pas, se doutant qu'avec une période aussi longue il ira avec d'autres filles... ce qu'il ne lui cache pas dans les premiers courriers, sachant doser la cruauté - encore - comme s'il s'agissait simplement d'honnêteté, ce que c'est aussi.

Mia Hansen-Løve, avec le nom qu'elle porte !, ne prend pas position. C'est la subtilité du film : pas de torts réels, pas de raison unilatérale, seule la passion animale domine et tord les personnages dans tous les sens, pendant des années, toute la vie sans doute. Et comme nos cellules s'adaptent, ou pas, aux virus, leurs vies suivent le fil de l'eau, une eau trouble mais qui file, et inscrit la perte. Plus tard, c'est lui qui pleurera, l'espace d'un instant... car qu'aura-t-il construit ?

Quelques mois passent, une suspension du temps pour elle, et le beau Sullivan cesse d'écrire à la soumise et fragile - mais lui est-il si solide ? - Camille, dont le quotidien consistait à chercher ses lettres dans la boîte et à épingler son itinéraire sur une carte fixée au mur de sa chambre de solitaire, sous le regard de parents silencieux, une réserve qui cache un autre drame en gestation. Au printemps, Camille fait une tentative de suicide.

Saut de temps : quatre ans ont passé, nous sommes en 2003 et Camille, qui ne va pas avec d'autres garçons, qui ne peut pas, suit des études d'architecture, à la recherche d'une structure, l'esthétique comme palliatif, comme un chemin digne et riche. Et riche elle le deviendra. Mais riche de quoi ? Ses cheveux sont devenus courts, elle s'habille en femme, elle écoute. Un de ses enseignants, Lorenz, plus âgé qu'elle, en instance de divorce, un accent étranger comme Sullivan en traînait un lui aussi, comme si c'était toujours dans l'ailleurs que Camille, qui reste sur place, cherchait une échappée, se rapproche peu à peu de cette élève secrète et brillante. Il lui proposera sécurité affective et matérielle, elle deviendra architecte et partagera sa vie.

L'autre drame, deuxième ligne narrative du destin de Camille, c'est la séparation de ses parents. Le père, qui n'aurait pourtant pas fait de mal à une mouche, comme dit la mère qui prétend qu'elle va mieux tandis qu'elle attrape son verre de vin qui l'attend dans la cuisine, un nouveau geste qui n'est pas qu'un détail, est parti avec une autre femme. Y avait-il un modèle suggéré dans la préparation du départ du père, silencieux lui aussi ? Un amour de jeunesse n'est pas un film psychanalytique même s'il ne parle que de déchirures de liens et de parents qui ne savent pas aider, c'est au spectateur, au fil des nombreux silences de l'image, d'une grande beauté, d'en former le sens, d'émettre son propre jugement, selon qu'il estime ou pas que les destins auraient pu être autres que ce qu'ils sont.

2007, les routes de Camille et Sullivan se recroisent. Et tout recommence parce que rien n'a jamais cessé. Sullivan vit de petits boulots à Marseille, Camille est bien installée à Paris, mais elle replonge, en une seconde, elle est de nouveau la petite fille, les piliers ont-ils vraiment tenu la construction ? Que feront-ils des sentiments, de l'attirance, d'un projet qui tombe à l'eau et se termine dans un torrent... de larmes, entre les pierres et le courant.

De peur d'en avoir trop révélé, même si au fond les mots disent toujours très peu, on ajoutera juste que Mia Hansen-Løve, bien que ce ne soit pas le même sujet que son film précédent, peint encore, avec ce talent assuré et ponctué de grâce, dans le même trait délicat et signifiant : quand l'amour dépasse toute rationnalité, parce qu'il est de l'amour profond et constitutif, si toutefois une autre forme de vie est possible, point de deuil.

Michel Marx


UN AMOUR DE JEUNESSE de Mia Hansen-Løve par LosangeWeb 




 

 

 

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