La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Vicky Cristina Barcelona de Woody Allen

Vicky Cristina Barcelona de Woody Allen

Comédie américaine - Année de production : 2007 - Date de sortie France : 08 Octobre 2008 - Durée : 1h 37min.

Scénario et réalisation : Woody Allen
Interprètes :
Christina : Scarlett Johansson
Vicky : Rebecca Hall
Juan Antonio : Javier Bardem
María Elena : Penélope Cruz
Judy Nash : Patricia Clarkson
Mark Nash : Kevin Dunn
Doug : Chris Messina
Adam : Zak Orth
Ben : Pablo Schreiber
Sally : Carrie Preston
Jay : Abel Folk, Lluis Homar
Un ami de Juan Antonio : Joel Joan
Un ami de Juan Antonio : Jaume Montané
Un ami de Juan Antonio : Lloll Bertrand
Un ami de Juan Antonio : Silvia Sabate
Charles : Julio Perillan, Mireia Ros
Rosa : Silvia Sabate
Le récitant : Christopher Evan Welch
Doug : Chris Messina
Guitariste Barcelone : Juan Quesada
Un invité à la galerie d'art : Ricard Salom
Un invité à la galerie d'art : Maurice Sonnenberg
Le médecin : Manel Barceló
Julio Josep : Maria Domenech
Guitariste Asturies : Emilio de Benito

Directeur de la photographie : Javier Aguirresarobe
1er assistant réalisateur : Daniela Forn
2ème assistant réalisateur: Anna Rua
Musiques additionnelles (compositeur) : Isaac Albéniz
Musiques additionnelles (interprète) : Giulia y los Tellarini, Paco de Lucia, Juan Serrano
Monteuse : Alisa Lepselter
Monteur son : Robert Hein
Chef décorateur : Alain Bainée
Créatrice de costumes : Sonia Grande
Régisseur général : Almudena Cormenzana
Directrice du casting : Patricia Kerrigan DiCerto, Juliet Taylor
Directeur de production : Helen Robin, Oriol Marcos
Photographe de plateau : Victor Bello

Production : MediaPro Pictures, U.S.A. - Gravier Productions, U.S.A.
Coproduction : Antena 3 Television, Espagne
Distribution : Warner Bros. France, France - The Weinstein Company, U.S.A.

Vicky Cristina Barcelona Aujourd'hui, ce n'est pas si "tendance" de parler du dernier Woody Allen, on tolère de revenir sur les derniers Almodovar, on ne supporterait sûrement pas une comparaison entre les deux artistes (même si nous sommes tant à les aimer)... Et pourtant Allen, une fois de plus un peu triste mais surtout brillant, surprend, réussit et touche dans le mille : ce film inutile parce qu'il ne remue pas de grande cause politique ou sociale (Citons ici une phrase de Philip Roth : "Les choses les plus utiles sont les choses les plus évidentes. Venant de quelqu'un d'autre et dites sur un certain ton...."*), dérisoire parce que c'est une comédie, hybride car il mélange l'humour américain des comédies des années 50 avec le kitsch supercoloré et musical du provocateur espagnol (il faut aussi citer Jamón, jamón, film espagnol de Juan José Bigas Luna sorti en France en 1992, où Bardem et Cruz étaient également partenaires et aussi volontairement très caricaturaux), ce film tombe à pic dans le paysage morose d'une crise imposée. Il y parle d'amour, de liberté, de la frontière entre la norme et le désir, de l'électricité des corps, des cris et des chuchotements, de la sculpture, de la peinture (un peu) et du flamenco, du romantisme et de l'hédonisme... dans un ensemble mis en scène avec brio et légèreté, dans une santé coquine et prude comme Allen aime faire, quand il remue des tabous en laissant les draps des actrices au-dessus de leur poitrine et qu'il fait dormir les acteurs en caleçons (même si la bande-annonce racoleuse, il faut le dire, sous-entend qu'on en verra davantage)... Outre l'attente déçue d'une transparente sexualité (mais quelle sensualité tout de même que ce quatuor de luxe : Scarlett Johansson, Rebecca Hall, Javier Barde et Penélope Cruz, qui ont dû bien s'amuser et nous transmettent fraîcheur, talent, complicité et souffle), Vicky Cristina Barcelona remue évidemment davantage, puisqu'il pointe un sujet "La vérité", en concluant (sans révéler ici la fin) qu'il n'y a pas de solution, et que si la vie ne dure qu'un instant (comme un accord de Paco de Lucia), un choix n'y changera pas grand chose puisque l'humain toujours se met à penser et à gâcher, à être spectateur de lui-même, à limiter son propre champ qu'il rumine quand il devrait davantage le cultiver. On sort de ce film comblé (presque, on passerait volontiers quelques instants de plus à Barcelone avec ces acteurs si justes dans les rôles où Allen les a poussés avec ce cynisme élégant qui est sa marque de fabrique), réconcilié avec le sourire, l'art (même si les sculptures de Antoni Gaudí et les peintures de María Elena et Juan Antonio sont observées avec une caméra qui en fait exprès beaucoup), et l'on se met à reconsidérer le cinéma, à se rappeler que c'est oeuvre de spectacle et que Woody Allen l'a compris. Il en signe encore là une des belles pages où, comme à son habitude mais avec une nouvelle habileté à fondre comédie et drame, évidence et subtilité, Eros et Chaos font encore un ménage agité. Ah! oui, l'histoire... Est-ce si important ? Le film est projeté cette semaine dans 410 salles en France, ne prétendez pas qu'il n'y en a pas une près de chez vous. Disons qu'on y disserte en technicolor et à vitesse grand V, comme sur un escaltor dément (ne pas toujours aller chercher la cohérence des éléments qui composent la narration), sur l'amour, ses possibles, le mensonge, le puritanisme, le mariage, le temps, la frustration, les regrets, les remords, la passion, le transfert, la complémentarité, le désir, l'émotion, la conscience, la vie et les armes à feu... Je vous l'ai dit, de tout petits sujets... coupés au scalpel inspiré d'un cinéaste en grande forme.

Michel MARX

* extrait du roman Deception (Tromperie) 1990

L'Hippocampe associé parle de cette critique : www.hippocampe-associe.com/article-23687861.html

Bande-annonce du film :



 

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