La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Voiture de luxe de Wang Chao

Voiture de luxe de Wang Chao

(Film chinois - Titre original : Luxury car - Genre : Drame - Année de production : 2005 - Durée : 1h 28min - Sortie France : 27 Septembre 2006 )

Avec :
Tian Wuan (dans le rôle de Li Yanhong)
Wu You Cia (dans le rôle de Li Qiming)
Li Yi Qing (dans le rôle du vieux policier)
Huang He (dans le rôle de Dage)

Scénario : Wang Chao
Compositeur: XiaHe
Son : Wang Ran
Directeur de la photographie : Liu Yong Hong
Monteur : Tao Wen
Mixeur : Dominique Vieillard
Chef décorateur : Li Wen Bo

Producteur :Sylvain Bursztejn
Exportation/Distribution internationale : Celluloïd Dreams, France
Une co-production franco-chinoise: Rosem Films, France - Arte France cinéma, France - Bai Bu Ting Media, Chine
Distribution : Celluloïd Dreams, France
Avec la participation du Fonds Sud cinéma CNC-Ministère des affaires étrangères

Prix Un Certain Regard-Fondation Gan pour le Cinéma, au 59ème FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM DE CANNES 2006

Sélection officielle en avant-première hors compétition au 4ème PARIS CINEMA

voiture luxeUn instituteur, Li Qui Ming, proche de la retraite, envoyé de force à la campagne pour actes antirévolutionnaires quarante ans auparavant, revient à Wuhan, mégapole méconnaissable, à la recherche de son fils disparu depuis près de trois ans. L'épouse de Li Qi Ming est condamnée par une maladie et souhaite revoir son fils avant la fin. Yanhong, leur fille, accueille son père en essayant de lui cacher son véritable métier. Elle est hôtesse dans une boîte de karaoké mais va plus loin avec les clients, comme ses collègues, prostituées soumises aux vices des hommes et à la loi d'un patron maffieux, He Ge, rondouillard qui compte assumer jusqu'au bout sa position de caïd mais n'en paraît pas moins humain. Il a un faible pour Yanhong et, par respect pour ce père au silence si noble, il va même être gentil, se présenter comme le fiancé officiel de la jeune fille, se faisant passer pour un homme d'affaires sérieux. Il promène son futur beau-père et Yanhong dans cette ville où des monuments légendaires ont du mal à rivaliser avec le développement champignonesque de la modernité vide. Tout pourrait s'arrêter là, et les espoirs du père demeurer, si Yanhong ne lui présentait un vieux policier pour l'aider dans ses recherches, lui aussi au bord de la retraite, interprété par Li Yi Qing, comédien de théâtre talentueux (acteur de Hu Bei Province, plus quelques seconds rôles dans des films et téléfilms, primé plusieurs fois dans des festivals nationaux et régionaux) qui incarne dans ce film la conscience, intolérée quand toute morale a été trahie. Conscience qui, d'un regard lumineux, reconnaît en ce fiancé bien sous tous les rapports mais qui s'inquiète un peu trop quand on l'appelle sur son portable, un ancien prisonnier. Le brillantissime réalisateur de L'Orphelin d'Anyang en 2001 et de Jour et nuit en 2004, né en 1964 à Nankin, dédie ce film à tous les parents chinois qui ont perdu un enfant et aux fantômes des jeunes disparus, et surtout à son père et à sa mère, sa mère dont il apprit la maladie après la post-production de Jour et nuit. Ses parents avaient décidé d'attendre que l'opération soit passée pour l'avertir afin de ne pas nuir à son travail. Sans doute est-ce une des raisons qui fait la vérité de ce moment fabuleux dont on ressort fourbu, presque détruit, malgré la simplicité peut-être optimiste de son dénouement. Optimiste parce que la jeune fille retrouve quelque air du temps d'avant qu'elle ne vende son corps et que la troisième génération lavera peut-être la honte d'avoir été victime des transformations trop rapides d'un pays vendu tout autant. L'oeuvre est bien entendue une allégorie de la situation socio-politique de la Chine d'aujourd'hui. Le père sait davantage que le gendre - il a cette connaissance des anciens qui ont suivi une véritable formation et n'en tirent pas de prétention - mais c'est le gendre qui brille et le père à qui l'on ment doublement. Film sur la perte des protections du monde rural et sur la nostalgie de l'harmonie familiale, Voiture de luxe, porté sublimement par une musicienne de rock - leader du groupe "Tiao Fang Zi" (La marelle) qui a reçu en 2003 le prix du meilleur espoir de la chanson chinoise, et romancière (Ban Ma Sen Lin (La forêt du zèbre, édité en France)) qui n'avait joué que dans deux films (actrice principale dans le film Papillon, Hong-Kong 2005, primée meilleure jeune actrice aux 24ème Hong Kong Films Awards) - et par ses partenaires, éblouissants de justesse, dont c'était pour tous le premier grand rôle dans un long-métrage, est d'une forme classique (Huang He, qui joue le caïd He Ge, est un comique célèbre et est réalisateur et présentateur de la chaîne de télévision chinoise Hu Nan Economy Channel). C'est un drame où la jalousie entre frère et soeur est aussi une des sources de la tristesse infinie qui en émane, et de la pureté qui se distille comme un cri tout au long de cette histoire de rédemption brisée mais qu'une naissance au goût de solitude remplace in extremis. Mise en scène grandiose, image vaste et soutenue par une construction narrative et un montage qui maîtrisent si bien l'ellipse que toutes les questions sont semées et que les révélations viennent plus tard, à des détours que l'on n'attendait pas là où ils se trouvent, comme dans la vie où, dans leurs cages plus ou moins sombres, les personnages que nous sommes cherchent des réponses au sang versé comme des larmes.

Michel MARX

 

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