La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Les Combattants de Thomas Cailley

Les Combattants de Thomas Cailley


Long-métrage français.
Genre : Comédie dramatique
Sortie en salle : 20 août 2014
Durée : 1h38min

Réalisation : Thomas Cailley
Scénario : Thomas Cailley et Claude Le Pape

Interprètes :

Adèle Haenel : Madeleine
Kevin Azaïs : Arnaud
William Lebghil : Xavier
Brigitte Roüan : Hélène Labrède
Antoine Laurent : Manu Labrède
Thibault Berducat : Victor
Nicolas Wanczycki : Lieutenant Schliefer
Frederic Pellegeay : Recruteur
Steve Tientcheu : Adjudant Ruiz
Franc Bruneau : Conseiller Funéraire

Directeur de la photographie : David Cailley
Compositeur Lionel Flairs
Compositeur Benoît Rault
Compositeur Philippe Deshaies
Chef monteur Lilian Corbeille
Chef décorateur Paul Chapelle
Directeur du casting Stéphane Batut
Directeur de production Mathieu Verhaeghe
1er assistant réalisateur Pierrick Vautier
Chef costumier Ariane Daurat
Scripte Julie Darfeuil
2ème assistant réalisateur Violette Echazarreta
1er assistant opérateur Alexis Robin (II)
Superviseur musical Pascal Mayer
Ingénieur du son Jean-Luc Audy
Ingénieur du son Antoine Baudoin
Ingénieur du son Niels Barletta
Mixage Niels Barletta
Mixage Matthieu Tertois
Régisseur général Luc Martinage
Monteur son Antoine Baudouin
Monteur son Guillaume Bouchateau
Directrice de post-production Clara Vincienne
Superviseur des effets visuels Alain Carsoux
Superviseur post-production Clara Vincienne
Régisseur général Luc Martinage
Chef maquilleur Marine Beaudoin

Production : Nord Ouest Production
Exportation/Distribution internationale : Haut et Court
Distributeur France (Sortie en salle) : Haut et Court

Les CombattantsCe qui me plaît est la liberté, l'ironie tendre et la menace souterraine, je sentais dès le début un drame latent, une inquiétude, une tristesse de fond, l'ancrage dans notre époque : la crise, la fin du monde, l'armée à l'affût de candidats, les parents dépressifs, la rupture des générations (le film commence par la mort du père, ce n'est pas rien! peut-être que toute la suite vient de son absence), l'amour qui ne sait pas s'exprimer (phénomène il est vrai intemporel), la lumière du film bien sûr, des acteurs, de leurs regards, cette beauté des deux "héros", l'horizon enfumé, des phares dans la nuit, je croyais qu'elle allait mourir.

J'aime pourtant, quand je découvre qu'il en va autrement, la distance qu'elle prend sur elle-même, le fait que désormais elle sait qu'elle jouait à être la plus forte, trop forte peut-être, imbattable pour rien.

J'aime l'absurde, l'absurde du quotidien, ces fous furieux qui jouent à la guerre, qui ont conscience parfois qu'ils sont fous mais tiennent leur rang (des pères sévères!), menacent, avertissent, conseillent, ne comprennent rien, ce choc des mondes, et le fait que nos deux "anges" prennent la tangente et comme dans les épopées américaines, mêmes différentes, comme dans Into the wild de Sean Penn, se retrouvent piégés alors que c'est eux qui croyaient avoir placé des pièges, des arroseurs arrosés peut-être, ou plutôt des flambeurs, oui, le terme s'accorde mieux à la situation, quelque chose brûle en eux et finit par prendre dans la forêt, envahir l'horizon, les étouffer.

Peut-être sont-ils, elle surtout, comme ce chien muselé de la fin, coincés dans des univers où on ne peut pas aboyer, sous peine de déconvenues, de punition, sauvages et pourtant si normalement aptes à la tendresse. D'ailleurs à un moment, l'apprenti militaire jaloux traite Arnaud de chien de Madeleine, ce qui lui vaudra la réaction radicale d'une Madeleine qui ne pleure pas mais donne des coups de tête. On pense alors au collage d'Alphaville de Jean-Luc Godard, ces vers recomposés d'Eluard :

« Ta voix, tes yeux, tes mains, tes lèvres,

Nos silences, nos paroles,

La lumière qui s’en va, la lumière qui revient,

Un seul sourire pour nous deux,

Par besoin de savoir, j’ai vu la nuit créer le jour sans que nous changions d’apparence,

Ô bien-aimé de tous et bien-aimé d’un seul,

En silence ta bouche a promis d’être heureuse,

De loin en loin, ni la haine,

De proche en proche, ni l’amour,

Par la caresse nous sortons de notre enfance,

Je vois de mieux en mieux la forme humaine,

Comme un dialogue amoureux, le cœur ne fait qu’une seule bouche

Toutes les choses au hasard, tous les mots dits sans y penser,

Les sentiments à la dérive, les hommes tournent dans la ville,

Le regard, la parole et le fait que je t’aime,

Tout est en mouvement, il suffit d’avancer pour vivre,

D’aller droit devant soi vers tout ce que l’on aime,

J’allais vers toi, j’allais sans fin vers la lumière,

Si tu souris, c’est pour mieux m’envahir,

Les rayons de tes bras entrouvraient le brouillard. »

Oui, pendant toute la première partie Madeleine semble ne dire que "Si tu souris, c'est pour mieux m'envahir" et elle repousse, refroidit, ne veut pas qu'on la mate, ne veut pas faire la pute de la discothèque, qu'on lui arrache un seul sourire, elle regarde fixement, et puis, parce que l'histoire, leur histoire, est un trajet... dans la deuxième partie les rayons des bras d'Arnaud entrouvrent le brouillard, et d'ailleurs Arnaud le dira à Madeleine qui continue de maugréer : "La prochaine fois c'est toi qui me porteras dans tes bras!".

J'aime le baroque, la singularité, le reflet audacieux de notre époque où les mythes du passé recrutent dans des roulottes de fortune en offrant des matelas pneumatiques et des tee-shirts à des désoeuvrés, où les relais ne proposent plus que des bières sans alcool, où les villes sont abandonnées, où les petits chemins qui sentent la noisette prennent feu, mais où l'amour existe encore.

Michel MARX


Les Combattants - trailer par hautetcourt 


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