La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : A Dangerous Method de David Cronenberg

A Dangerous Method de David Cronenberg


Date de sortie France : 21 décembre 2011 (durée : 1h 39min)
Drame psychologique britannique, allemand, canadien, suisse

Réalisation : David Cronenberg
Scénariste : Christopher Hampton d'après l'oeuvre de Christopher Hampton d''après l'oeuvre de John Kerr

Interprètes :
Keira Knightley : Sabrina Spielrein
Michael Fassbender : Carl Jung
Viggo Mortensen : Sigmund Freud
Vincent Cassel : Otto Gross
Sarah Gadon : Emma Jung
Wladimir Matuchin : Nicolai Spielrein
André Hennicke : Professeur Eugen Bleuler
Katharina Palm : Martha Freud
...

Chef costumier : Denise Cronenberg
Décorateur : Gernot Thöndel
1er assistant réalisateur : Walter Gasparovic
2ème assistant réalisateur : Patrick Arias
3ème assistant réalisateur : Michaela Kluge
Mixage : Michal Holubec
Directeur de production : Imke Sommerkamp
Chef maquilleur et coiffeur : Stephan Dupuis
Chef monteur : Ronald Sanders
Chef décorateur : James McAteer
Directeur artistique : Anja Fromm
Compositeur : Howard Shore
Directeur de la photographie : Peter Suschitzky
Directrice du casting : Deirdre Bowen
Directeur artistique : Nina Hirschberg
Directeur artistique : Frances Soeder

Distributeur France : Mars Distribution
Production : Recorded Picture Company (RPC) - Lago Film - Prospero Pictures

A Dangerous Method

"Il faut parfois commettre l'impardonnable pour continuer à vivre."

Écrite par l'auteur de la pièce de théâtre (Christopher Hampton) et d'après le roman A Most Dangerous Method de John Kerr puis réalisée par David Cronenberg, cette oeuvre est, pourrait-on dire, dans sa conception elle-même, issue une chaîne de signifiants.
L'histoire (vraie), en quelques mots : Karl Gustav Jung (Michael Fassbender) traite Sabina Spielrein (Keira Knightley), piloté par la méthode d'un médecin aux méthodes nouvelles s'appuyant sur la parole libératrice : Sigmund Freud (Viggo Mortensen). Sabina est hospitalisée pour hystérie (qu'elle joue bien mais vit mal), et suivie par un Jung très attentif à sa souffrance (reflet de la sienne?), qui l'aide, très vite faisant d'elle une collaboratrice (et davantage), presque par exorcisme (et à l'aide de ceinture et autres ustensiles) - Freud lui reprochera ses croyances en chamanisme et autres méthodes dangereuses pour la popularité du maître qu'il est, mais tant critiqué qu'il tient à maintenir son autorité en évitant d'alimenter les critiques négatives de ses détracteurs.

Il nous reste alors plusieurs façons de "juger" ou de "voir" le film. D'un point de vue historico-documentaire il permet d'aborder simplement le clivage Freud/Jung et la naissance d'une science envers laquelle le débat n'a au fond pas tellement changé en un siècle, ce qui rend l'éclairage intéressant.

D'un point de vue cinématographique il surprendra les fans de Cronenberg qui le jugeront peut-être un peu fade - quand il ne l'est pas du tout - si attente il y a de violences et folies auxquelles les a habitués leur idole, tant sa facture est classique, nous rappelant dans ses contours le ton et l'intelligence de Scorsese quand il réalise le grandiose The age of innocence en 1993, où il était aussi question de dilemme et de sacrifice. Pourtant le sujet est bien la violence, faite aux femmes (et aux enfants qu'elles furent), et la folie puisque, du début à la fin, stigmates et menaces de rechute accompagnent le jeu attachant et totalement érotique de Keira Knightley.

Les psychanalystes sont des gens blessés nous dit le film. Derrière chaque résolution se niche un nouveau doute nous montre-t-il. Un Otto Gross par exemple, brillamment interprété par Vincent Cassel, viendra "débloquer" (mais pour combien de temps ?) un Jung méthodique mais freiné par sa culpabilité, jusqu'à cette rencontre avec le fou jouisseur, qu'il porte évidemment en lui. Là encore, entre tous ces personnages, il s'agit bien d'une chaîne. Tous sont liés autour de l'indomptable et presque inommable désir, que les rêves, racontés ou pas, portent comme des révélateurs au fond peu mystérieux... surtout pour de tels lecteurs : Jung, Freud, Spielrein, Gross...

Alors, derrière la caractérisation un peu surlignée de Freud dans son décor chargé de statuettes et d'amphores, derrière son goût des cigares et la boulimie de Jung, et le besoin d'humiliation de Sabina Spielrein (aux initiales tristement prémonitoires) ne s'agit-il pas tout simplement d'un très beau film sur la passion, tour à tour empêchée et assumée, et tellement inchangeable.
"Votre nouvelle maîtresse me ressemble-t-elle ?" demandera quelques années après leur rupture Sabina à Carl Gustav, ce qui n'est pas une question mais un constat, passion évidente pour les tiers. La compréhensive épouse de Jung, par exemple, moins réthorique que le professeur mais dont les regards d'une étrange beauté limpide confirment tout le long du film le test que lui ont fait passer - pour le bien de la science - Jung et sa nouvelle et brûlante assistante : elle sait.
Vue sous cet angle c'est une oeuvre romantique et en effet classique - au montage parfois théâtral comme s'il fallait à tout prix rattraper les récits qui sont à l'origine du film - mais pas pour autant désagréable si l'on n'y cherche pas une révélation dans l'oeuvre de Cronenberg. Si ce n'est que le questionnement sur la psychanalyse a rarement été hors l'interrogation du cinéaste. A Dangerous Method porte alors bien son titre, ou ce titre existant déjà a rencontré Cronenberg.

Tous les personnages dont il parle, si ce n'est Jung, finiront tragiquement, assasinés par les nazis ou par la maladie... Il y a donc bien le goût amer du destin au carrefour des culpabilités et des liens, et la puissance de l'amour et de la destruction au carrefour des siècles que la psychanalyse foudroie, sans jeu de mots... si ce n'est inconscient.

Michel MARX


A Dangerous Method - Bande annonce VOST HD par sortiescinema 


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