La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films - Actualité du cinéma

Alain Resnais

Biographie / Filmographie de Alain Resnais (1922-...)

Né le 3 Juin 1922 à Vannes dans le Morbihan (France), Alain Resnais tourne ses premiers films à 14 ans avec une caméra 8mm, passionné par la photographie, la littérature populaire et la bande dessinée. Cette dernière il y fera allusion entre autres dans Mon oncle d'Amérique en 1980 (scénario et dialogues de Jean Gruault, avec Gérard Depardieu, Nicole Garcia, Roger Pierre, Nelly Borgeaud, Pierre Arditi, Gérard Darrieu, Philippe Laudenbach, Marie Dubois, Henri Laborit...), où le personnage de Jean Le Gall enfant (joué adulte par Roger Pierre) grimpe aux arbres pour se cacher et lire Le Roi de l'or d'Alain Pujo dont Jean incarne d'après le cinéaste le rêve de tous les enfants "d'être à la fois milliardaire et orphelin." (En 1958, il va tenter en vain adapter L'Ile noire, l'un des albums de Tintin... et toute son oeuvre sera marquée par des emprunts, références et collaborations avec l'univers de la bande dessinée. Ainsi quand il réalise I Want to Go Home, en 89, sur les tracas d'un dessinateur de comics en France, scénario de Jules Feiffer, un célebre auteur américain de comics - meilleur scénario au festival de Venise 1989). Alain Resnais s'inscrit au cours Simon à 18 ans et en montage à l'IDHEC à 21 ans. En 1946, il participe au Théâtre aux Armées mais se juge piètre acteur et n'apparaitra pas dans ses films futurs. A peine le voit-on figurant dans Les Visiteurs du soir, film français réalisé en 1942 par Marcel Carné, le voici assistant réalisateur en 1948 sur le film Paris 1900 de Nicole Vedrès, succession d'archives et d'extraits de films illustrant la fuite en avant vers le progrès et ses conséquences désastreuses représentées par la guerre de 14. Viennent alors ses premiers courts-métrages : Van Gogh en 48, Guernica en 50. Il faudra attendre son magistral documentaire Nuit et brouillard (1955), film de 32 minutes sur les camps d'extermination nazis, sur un texte de Jean Cayrol mêlant images d'archives en noir et blanc et images en couleur, Prix Jean Vigo 1956, pour que le public le connaisse comme un cinéaste et un philosophe, un penseur engagé sans lequel on ne fera plus. Hiroshima mon amour en 59 est son premier long-métrage de fiction, révélation du Festival de Cannes même s'il ne reçoit alors que le prix de la Société des écrivains de cinéma. Sur un scénario de Marguerite Duras, là encore l'empreinte du documentaire est fort présente. Ce film précède de peu A bout de souffle de Jean-Luc Godard où Belmondo passe devant l'affiche d'un cinéma donnant Hiroshima mon amour. Avec Les quatre cents coups de François Truffaut, la même année 59, nous avons là les trois fleurons de la Nouvelle vague française. Muriel ou le temps d'un retour, en 63, avec Delphine Seyrig, scénario et dialogues de Jean Cayrol, évoquant la torture en Algérie, et Stavisky en 74, scénario et dialogues de Jorge Semprun, avec de nouveau Jean-Paul Belmondo, retrouveront la source de l'Histoire avec un grand H comme matière à images et à dénonciation. L'Année dernière à Marienbad, en 61, sur un scénario de Alain Robbe-Grillet (chef de file du Nouveau roman né la même année que Resnais), participe de cette inscription stylistique qui repose sur la destructuration de la narration pour mieux la saisir. Quelques années plus tard, en 89, le cinéaste Woody Allen s'inspirera de Mon oncle d'Amérique, et de cette forme contrapuntique chère à son maître Alain Resnais. Ce sera dans Crimes et délits où ce ne sera plus le professeur Henri Laborit (biologiste français d’origine vendéenne, philosophe du comportement animal et du comportement humain, né à Hanoï en 1914, mort en1995) mais le professeur Louis Lévy (philosophe inventé par Woody Allen et que beaucoup ont associé au psychiatre et psychanalyste américain d’origine viennoise Bruno Bettelheim (1903-1990), directeur de l'École orthogénique pour enfants psychotiques à Chicago de 1947 à 1973) qui viendra ajouter une ligne extra-diégétique documentaire en contrepoint à l'histoire déjà fragmentée de trois protagonistes appelés à se croiser par le biais de la fiction. Ce regard sur la forme, Alain Resnais n'aura de cesse d'en alimenter son oeuvre, et le 7ème art : La Vie est un roman, première comédie musicale, en 83 (scénario de Jean Gruault, avec Sabine Azéma, Pierre Arditi, Vittorio Gassman, Ruggero Raimondi, Fanny Ardant, Geraldine Chaplin, André Dussollier...), pour laquelle Enki Bilal, qui avait dessiné l'affiche de Mon oncle d'Amérique, réalise ici les décors (et l'affiche aussi), prouvant toujours le goût de Alain Resnais pour la bande dessinée. Avec sa seconde comédie musicale, On connaît la chanson en 97, scénario également de Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri, avec Pierre Arditi, Sabine Azéma, Jean-Pierre Bacri, André Dussolier, Agnès Jaoui, Lambert Wilson, Jane Birkin, Jean-Paul Roussillon, Jean-Pierre Darroussin, Nelly Borgeaud (Prix Louis-Delluc 1997), ou encore avec le film "à options' Smoking et No smoking en 2002 (scénario et dialogues du couple Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri, d'après huit pièces du dramaturge anglais Alan Ayckbourn, avec Pierre Arditi, Sabine Azéma, Prix Louis-Delluc 1993, 800 000 spectateurs et 5 César...Dessins de Floc'h (qui dessine l'affiche et les interstices qui lient les saynètes. Floc'h dessinera aussi l'affiche de On connait la chanson). Là encore on retrouve plus tard Woody Allen réalisant en 2004 Melinda et Melinda, film en montage alterné, présentant deux options pour une même base thématique: la comédie et le drame. En 2003, Alain Resnais, lui, revient au jeu musical (Allen ne s'en est jamais beaucoup éloigné...) avec Pas sur la bouche (d'après l'opérette d'André Barde et Maurice Yvain de1925) avec Sabine Azéma, Isabelle Nanty, Audrey Tautou, Pierre Arditi, Jalil Lespert, Daniel Prévost, Lambert Wilson, le regretté Darry Cowl qui s'est éteint ce 14 février 2006 (César 2004 des meilleurs costumes pour Jackie Budin, du meilleur acteur dans un second rôle pour Darry Cowl, du meilleur son pour Jean-Marie Blondel, Gérard Hardy et Gérard Lamps). Mélo, en 86, était un hommage au théâtre, où il s'inspire de la narration de la BD. Toujours Resnais cherche à s'inscrire dans les arts de l'expression comme un chercheur (en relation à Bergson et au concept du "souvenir-image"). Son dernier film, Petites peurs partagées, est inspiré de nouveau d'une pièce d'Ayckbourn - Private fears in public places - comme ce fut le cas pour Smoking et No smoking, avec pour distribution sa fidèle troupe : Sabine Azéma, Lambert Wilson, André Dussollier, Pierre Arditi, plus deux nouvelles venues, Laura Morante et Isabelle Carré. Le tournage a commencé le 12 décembre 2005 et sa fin est prévue le 3 mars 2006, dans Paris et sa banlieue. On y verra six personnages en quête de... fins de solitudes, un sujet fort contemporain.

Marié en 1969 à Florence Malraux, la fille d'André Malraux, qui sera son assistante sur six films (de La guerre est finie en 66 à Mélo en 86), Alain Resnais a pour compagne Sabine Azéma depuis la fin des années 80. Sabine Azéma qu'il rencontra en 81 alors qu'elle jouait Patte-Mouille, avec Michel Galabru, une pièce de théâtre de son mari Michel Lengliney. Resnais lui donna en 83 un rôle difficile dont elle s'acquitta à merveille au milieu d'acteurs très expérimentés dans La vie est un roman, titre sans doute, eu égard à leur rencontre, prémonitoire.
Auteur à clés, spécialiste de la rupture de la continuité, éternel questionné questionneur, cinéaste du destin et des souvenirs encastrés, observateur du monde et enchanteur engagé, Alain Resnais fascine et amuse, n'oubliant jamais de lier l'amour du spectacle aux grandes questions métaphysiques qui traversent son oeuvre.


Notes :

"J'ai personnellement accepté tout de suite, au seul nom d'Alain Resnais..." dit Marguerite Duras. "...Hiroshima m'a fait peur tout d'abord... Comment faire? Grâce à Resnais, j'ai vu que la résurgence d'Hiroshima était possible, que l'on pouvait au moins essayer de faire quelque chose de ce lieu. Il m'a expliqué longuement que rien, à Hiroshima n'était "donné". Qu'un halo particulier devait y auréoler chaque geste, chaque parole, d'un sens supplémentaire à leur sens littéral. Alors on a essayé de faire renaître Hiroshima en une histoire d'amour."

Extrait de Hiroshima mon amour - Réalisé par Alain Resnais - Scénario de Marguerite Duras :

LUI : Tu n'as rien vu à Hiroshima. Rien.
ELLE : J'ai tout vu. Tout... Ainsi l'hôpital je l'ai vu. J'en suis sûre. L'hôpital existe à Hiroshima. Comment aurais-je pu éviter de le voir ?
LUI : Tu n'as pas vu d'hôpital à Hiroshima. Tu n'a rien vu à Hiroshima...
ELLE : Je n'ai rien inventé.
LUI : Tu as tout inventé.
ELLE : Rien. De même que dans l'amour cette illusion existe, cette illusion de pouvoir ne jamais oublier, de même j'ai eu l'illusion devant Hiroshima que jamais je n'oublierai. De même que dans l'amour. Comme toi, j'ai essayé de lutter de toutes mes forces contre l'oubli, comme toi j'ai oublié …

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Ce qui pénètre dans notre système nerveux depuis la naissance, et peut-être avant in utero, les stimulus qui vont pénétrer dans notre système nerveux nous viennent essentiellement des autres. Nous ne sommes que les autres. Quand nous mourons, c’est les autres que nous avons intériorisés dans notre système nerveux, qui nous ont construits, qui ont construit notre cerveau, qui l’ont rempli, qui vont mourir.

Henri Laborit - Mon oncle d'Amérique

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Ce qui est gardé secret, c'est souvent les véritables sentiments qu'éprouve un individu sur un comportement qu'il affiche ouvertement.
Bruno Bettelheim - Survivre

 


Filmographie :

Vous n'avez encore rien vu (2011)
Les Herbes folles (2009)
Cœurs (2006)
Petites peurs partagées (2005, sortie prévue le 22 Novembre 2006)
Pas sur la bouche (2003)
On connaît la chanson (1997)
Smoking (1992)
No Smoking (1992)
Contre l'oubli (1991)
I want to go home (1989)
Mélo (1986)
L'Amour à mort (1984)
La Vie est un roman (1983)
Mon oncle d'Amérique (1980)
Providence (1976)
Stavisky (1974)
L'An 01 (1973)
Je t'aime, je t'aime (1968)
La Guerre est finie (1966)
Muriel ou le Temps d'un retour (1963)
L'Annee derniere a Marienbad (1961)
Hiroshima mon amour (1959)
Le Chant du Styrene (1958)
Toute la memoire du monde (1956)
Nuit et brouillard (1955)
Les Statues meurent aussi (1953)
Guernica (1949)
Gauguin (1949)
Van Gogh (1948)
Malfray (1948)
Visite a Hans Hartung (1946)
Visite a Cesar Domela (1946)
Visite a Lucien Coutaud (1946)
Portrait de Christine Boumeester (1946)
Portrait d'Henry Goetz (1946)



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