La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films - Actualité du cinéma

Claude Chabrol

Biographie / Filmographie de Claude Chabrol

Naissance le 24 juin 1930 à Paris d'un père pharmacien. Décédé le 12 septembre 2010 à Paris (France)

Le goût du cinéma semble le croiser tôt - vocation ? - Claude Chabrol, alors qu'il n'a que douze ans et vit en Creuse avec sa famille pendant l'Occupation, se retrouve projectionniste du ciné-club local. "L'enfance la plus con qu'on puisse imaginer …" dira-t-il plus tard de cette époque, où l'on serait tenté en biographe de chercher des explications sur sa carrière, avec cette verve incisive qui fait sa particularité de monstre sacré du cinéma français. Très tôt cynique, il trouve son argent de poche en écrivant de fausses dédicaces d‘Hemingway et de Faulkner qu'il vend à ceux qui seront plus tard la cible de ses films : le milieu mondain et nanti. Son retour à Paris est consacré à des études de droit, de lettres puis de pharmacie (bon sang ne saurait mentir), avec, dans les temps libres, les premiers pas d'un cinéphile averti. Ce qui lui permet d'intégrer le groupe des Cahiers du Cinéma de 1952 à 1957. Sa rencontre avec Paul Gégauff, romancier et scénariste, lui fait connaître les arcanes d'un milieu défavorisé que son milieu bourgeois avait occulté par principe et logique de classe.

Il se marie à une riche héritière, devient attaché de presse à la Fox puis, grâce à l'héritage de son épouse décédée, produit Le Coup du berger de Rivette en 1957 et écrit et réalise Le Beau Serge en 58, avec pour principaux interprètes Gérard Blain, Jean-Claude Brialy et Bernadette Lafont, signant là le premier fleuron de la Nouvelle Vague où l'on comptera avec lui parmi les principaux meneurs : François Truffaut, Jean-Luc Godard et Eric Rohmer (lire à ce propos "Une certaine tendance du cinéma français", article de François Truffaut paru dans Les Cahiers du Cinéma en 1954). Le Beau Serge, dont l'action se situe dans la Creuse, reçoit le Prix du meilleur réalisateur lors du Festival international du film de Locarno en 1958 et le Prix Jean Vigo en 1959. Le second volet est Les Cousins, co-écrit avec Paul Gégauff, qui reçoit l'Ours d'or à Berlin en 1959. Les interprètes sont de nouveau Gérard Blain et Jean-Claude Brialy, mais aussi Stéphane Audran qui devient sa seconde épouse et qu'il dirigera dans 27 films (entre autres dans Le tigre aime la chair fraîche en 64, et dans Marie-Chantal contre Docteur Kah en 65, caricature de la guerre froide).

Puis c'est Les Bonnes Femmes en 60, L' Oeil du malin en 61, Landru en 62... Filmographie dense dont on retiendra également : La route de Corinthe avec Jean Seberg en 67, inoubliable partenaire de Belmondo dans A bout de souffle de Godard en 1960 (scénario de François Truffaut), La Femme infidèle en 69 avec Stéphane Audran, Michel Bouquet et Maurice Ronet, où un homme décide de tuer l'amant de sa femme.

Également en 69, et Le Boucher et Que la bête meure, pour ces deux rôles forts tenus coup sur coup par un Jean Yanne plus vrai que nature dans ces portraits de tueurs. Le premier est motivé par des forces qui le dominent (Le boucher est tourné en Périgord dans une France rurale et provinciale des années soixante), le second, tourné en Bretagne, montre un calculateur froid et violent qu'un homme décide de tuer pour venger la mort de son fils. Deux fois ce sont des destins perdus de brutes immondes, deux regards sur la lutte entre le bien et le mal (Il existe un chant sérieux de Brahms qui paraphrase l'Eclésiaste : "Il faut que la bête meure ; mais l'homme aussi. L'un et l'autre doivent mourir.") Le Boucher parvient, parce que c'est la guerre qui l'a détruit et en a fait un destructeur, à nous émouvoir.

Que la bête meure, au-delà de l'émotion, comme Le Boucher d'ailleurs, nous glace, tant la France, ses mesquineries et son goût du mensonge y sont taillaidés à la couleur du sang tombant goutte à goutte. Belmondo excelle, aux côtés de Mia Farrow et Laura Antonelli dans Docteur Popaul en 72, comédie dramatique tournée à Paris, à Bordeaux et en Tunisie. Ensemble, dans de nombreux rebondissements, ils apportent un brin de légéreté - même si elle est encore caustique - à la production de Claude Chabrol. Mais ce succès ne le limite pas à la comédie puisque celui-ci explore encore le domaine du polar dans des films comme Les Noces Rouges en 74 avec Michel Piccoli, Stéphane Audran et Claude Piéplu. Violette Noziere, en 78, est sa première collaboration avec Isabelle Huppert - qu'il avait découverte dans César et Rosalie de Claude Sautet en 72 - qui deviendra aussi une de ses égéries.

Se succèdent alors des portraits acides et la plupart du temps sanglants encore avec de grands acteurs toujours, que Claude Chabrol dirige de main de maître. Michel Serrault dans Les Fantômes du chapelier en 82, Jean Poiret dans Poulet au vinaigre en 84, Philippe Noiret dans Masques 87, Jean-Pierre Kalfon dans Le cri du Hibou la même année. Mais les femmes ont la part belle dans sa carrière époustouflante de ce pourfendeur de son propre milieu : Marie Trintignant dans Betty, d'après Simenon, en 92; Isabelle Huppert dans Une affaire de femmes en 88 et Madame Bovary en 91, ou dans Merci pour le chocolat en 2000, non plus victime mais meurtrière de nouveau, ce film très remarqué remportant le prix Louis-Delluc en 2000.

La Cérémonie, en 95, co-écrit avec Caroline Eliacheff d'après le roman policier de Ruth Rendell A judgment in stone, avec Isabelle Huppert et Sandrine Bonnaire en bonnes assassines, et Jean-Pierre Cassel, Jacqueline Bisset et Virginie Ledoyen en famille bourgeoise contente de l'être malgré quelques interrogations, Les Lelièvre, nom prédestiné pour un beau tableau de chasse ! En effet, les seconds finissent par être la cible regroupée des premières, dans un bain de sang vengeur sur la musique de " Don Giovanni " de Mozart écoutée avec tant d'attention, loin des remous d'une misère entretenue à l'étage, dans une chambre de bonne où le crime s'est préparé. Dernier film marxiste dira lui-même Chabrol à Isabelle Huppert !

Puis c'est La Fleur du mal en 2002, avec Nathalie Baye, Benoît Magimel, Suzanne Flon, sur la maladie transmise par un passé coupable, et La Demoiselle d'honneur, nouvelle adaptation de Ruth Rendell en 2003 où l'on retrouve le jeune et talentueux Benoït Magimel qui, banal cadre commercial dans la banlieue nantaise, tombe amoureux d'une jeune femme qui va lui faire perdre ses repères, lui expliquant avec aplomb qu'il faut savoir aller jusqu'au meurtre. 2005 est l'année de tournage de L'Ivresse du pouvoir, avec Isabelle Huppert, François Berléand, Patrick Bruel, sur la hiérarchie des pouvoirs dans le monde industriel révélée par les investigations d'une juge dont la vie se fragilise au même rythme qu'elle avance dans ses recherches professionnelles. Claude Chabrol, amateur de vin et de bonne chair, connu pour son éternel sourire et sa traque de l'hypocrisie de la classe sociale où il est né et qu'il a tant de fois tuée dans ses films, de diverses façons mais toujours déterminée, est un cinéaste incontournable dont l'énergie continue de séduire tous les publics, alignant ce que certains appellent dans leurs critiques des petits bijoux de films, et ce que d'autres nomment, dans leur regard plus global sur une vie de cinéaste, les nombreux maillons d'une oeuvre.

Claude Chabrol est mort, dimanche matin 12 septembre 2010, à l'âge de 80 ans.

Note : "C'est avec lui que j'ai fait les choses les plus importantes pour le cinéma. Notre plaisir à rigoler s'est trouvé en cousinage. Après, ça ne pouvait se finir que par un certain silence, et c'est magnifique comme ça. J'aime beaucoup « Juste avant la nuit » et « la Femme infidèle ». Chabrol est un directeur d'acteurs formidable, il voit l'humain dans l'autre. C'est un type qui s'accommode de l'humain qu'il a devant lui et chez qui il exalte ce dont cette personne n'a pas conscience."
Michel Bouquet (Le Nouvel Observateur 6.9.2001)

Réalisations :

Bellamy (2009)
Au siècle de Maupassant (2009) - Saison 1 SÉRIE TV
Chez Maupassant (2008) - Saison 2 SÉRIE TV
La Fille coupée en deux (2007)
Chez Maupassant (2007) - Saison 1 SÉRIE TV
L'Ivresse du pouvoir (2005)
La Demoiselle d'Honneur (2003)
La Fleur du mal (2002)
Merci pour le chocolat (2000)
Au coeur du mensonge (1998)
Rien ne va plus (1997)
La Cérémonie (1994)
L'Enfer (1994)
L'Oeil de Vichy (1992)
Betty (1992)
Madame Bovary (1991)
Jours tranquilles à Clichy (1990)
Dr M. (1990)
Une affaire de femmes (1988)
Le Cri du hibou (1987)
Masques (1987)
Inspecteur Lavardin (1985)
Poulet au vinaigre (1984)
Le Sang des autres (1983)
Les Fantômes du chapelier (1982)
Le Cheval d'orgueil (1980)
Violette Noziere (1978)
Les Liens du Sang (1977)
Alice ou la dernière fugue (1976)
Folies bourgeoises (1975)
Les Magiciens (1975)
Les Innocents aux mains sales (1974)
Une partie de plaisir (1974)
Nada (1974)
Les Noces rouges (1973)
Docteur Popaul (1972)
La Décade prodigieuse (1971)
Juste avant la nuit (1971)
La Rupture (1970)
Le Boucher (1969)
Que la bête meure (1969)
Les Biches (1969)
La Femme infidèle (1968)
La Route de Corinthe (1967)
Le Scandale (1966)
La Ligne de démarcation (1966)
Le Tigre se parfume à la dynamite (1965)
Paris vu par... (1965)
Marie-Chantal contre le docteur Kha (1964)
Le Tigre aime la chair fraîche (1964)
Les Plus belles escroqueries du monde (1963)
Ophelia (1962)
Landru (1962)
L'Oeil du malin (1961)
Les Sept Péchés capitaux (1961)
Les Godelureaux (1960)
Les Bonnes femmes (1960)
A double tour (1959)
Les Cousins (1959)
Le Beau Serge (1958)

 





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