La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films - Actualité du cinéma

Wong Kar-wai

Biographie / Filmographie de Wong Kar-wai

Biographie / Filmographie de Wong Kar-wai

Wong Kar-wai est né en Chine, à Shanghaï, en 1958. Mais comme beaucoup de familles, la sienne émigra à Hong-Kong en 1962, lui imprimant des sensations d'enfance qui, entre le souvenir rêvé et les visions perçues, alimenteront son oeuvre ô combien nostalgique aux contours vaporeux. Jeunesse dans cette île marquante où il étudie à l'Ecole polytechnique. Muni ensuite d'un diplôme en arts graphiques, le voici s'orientant naturellement vers le 7ème art, d'abord comme employé, puisqu'il est assistant producteur mais aussi comme artiste à la commande devenant scénariste de téléfilms et de séries télévisées grand public. Il fait partie ensuite du "team créatif" de Barry Wong, scénariste de Hong Kong. Patrick Tam, pour lequel Wong Kar-wai est scénariste, produira son premier long métrage sorti en 1988 : As tear go by, toujours inédit en France, avec Maggie Cheung, qu'il présente au 13ème Festival International de Hong Kong et à la semaine de la critique à Cannes, qui le juge si violent qu'elle boude un peu le nouveau venu alors qu'il signe là un révélation du cinéma d'auteur. En 1990, Nos années sauvages, chassé croisé amoureux dans le Hong Kong labyrinthique des années 60 ("Des histoires d'amour se font et se défont entre un beau jeune homme, un de ses amis, une caissière dans un stade, une chanteuse de cabaret et un policier") dont, à cause d'un échec commercial, la seconde partie, dédiée aux Beatles, ne sera pas montée. Y surgit de nouveau celle qui deviendra une de ses égéries, si bien qu'on la confondra parfois avec les autres, comme dans les films d'Antonioni, les deux créateurs étant à ce jeu bien peu éloignés : Maggie Cheung. Leslie Cheung (qui était devenu une star de la chanson et qui mourra le 1er avril 2003 en tombant du 24e étage du Mandarin Hotel de Hong Kong, suite, dira-t-on à des problèmes psychologiques), Brigitte Lin, Tony Leung et Jacky Cheung, seront, aux côtés toujours de Maggie Cheung, les acteurs principaux de Les cendres du temps (Ashes Of Time). Ce grand moment de cinéma, au scénario peut-être trop complexe, a pour chorégraphe le célèbre Sammo Hung et est librement adapté d'un roman intitulé The Eagle shooting Heroes de Luis Cha. Il demanda deux ans de tournage (WKW est coutumier du fait) et offre des combats de sabres spectaculaires comme il avait pu en écrire quand il concevait pour Barry Wong des intrigues pour, entre autres, des films d'arts martiaux (il y avait aussi alors des comédies, des drames, des films policiers...), et une envoûtante histoire d'amour difficile. Pour Les cendres du temps, tourné dans le désert de Yuli en Chine, qui obligeait les acteurs à d'incessants aller et retour de Chine à Hong Kong, il reçoit à Venise le prix de la meilleure photo décerné à Christopher Doyle en 1994, et meilleur design de costumes décerné à William Chang aux Festival Film Awards de Hongkong la même année. Le film sortira en France en 1996. Pendant la post-production de Les Cendres du temps, Wong Kar-wai tourne caméra à l'épaule, dans Tsim Sha Tsu, le quartier où il avait passé son enfance, le film Chungking Express, un succès cette fois international qui sort aussi en 94 et le fait surnommer le Quentin Tarantino chinois. Il y fait dire à ses personnages : "Quand on se croise, un millimètre nous sépare", ce qui constituera comme le fil rouge, pour ne pas dire le leitmotiv, de ses scénarios. Lui-même dira plus tard de ce film : "Selon moi, le temps, nous prive de façon irrémédiable d'une certaine innocence. On avance, et inévitablement on est amené à se retourner pour regarder le chemin parcouru. On commence à se souvenir des choses que l'on avait rêvé de faire mais qui sont restées lettres mortes; on commence à se demander ce qui ce serait passé si on avait pris une autre décision ce jour là. Impossible de le savoir. On est bouleversé à la pensée de tout ce que l'on aurait pu vivre et forcément, on ne peut que regretter" (entretiens, août 1997, avec Jimmy Ngai, Park Hyatt Hotel, Tokyo, traduit par olivier-g, extrait du livret de la bande originale du film). Puis ce sont Les Anges déchus en 95 (Un tueur à gage en a assez de tuer - Une femme lui sert d'agent et rêve qu'il tombe amoureux) et Happy Together en 97, sur l'homosexualité masculine, où l'improvisation donne un style lâché et langoureux, qui remporte le Prix de la mise en scène à Cannes. Là, les personnages disent : "Et si on recommençait à zéro?", autre refrain du maître de Hong Kong, comme si la vie, dans les films de Wong Kar-wai, ne laissait jamais de deuxième chance aux amoureux qui n'ont pas osé prendre le risque de s'unir longtemps. Happy together étant tourné en grande partie en Argentine, c'est à Buenos Aires que le directeur artistique de tous les films de Wong Kar-wai récupérera les costumes qui, retaillés par un styliste chinois, habilleront le personnage que joue Maggie Cheung aux tenues inoubliables de In the Mood for Love, en 2000 (William Chang : "J'ai trouvé les tissus qui ont servi à la réalisation de ces robes à Buenos Aires, où je travaillais avec WKW sur Happy Together. Un vieux théâtre vendait ses costumes et j'ai acheté leurs stocks des années 50 et 60. Il ne s'agissait que de vêtements occidentaux, bien sûr, et je me suis demandé ce que j'allais bien pouvoir en faire. Quand WKW m'a parlé du film, j'ai tout de suite pensé à les découdre et à y tailler les chonseams de l'héroïne, une forme typiquement chinoise découpée dans le vif d'un matériau occidental"). "Les limites qu'elles m'imposaient, dit Maggie Cheung, impossible de faire le moindre mouvement ou de marcher vite, m'ont donné une idée de la psychologie de cette femme. Une femme contradictoire, qui éprouve des sentiments mais ne peut pas se permettre le moindre geste. Une femme timide et conflictuelle, prisonnière d'une époque, qui flirte et se retient en même temps, qui n'ose pas. J'ai improvisé toute l'attitude de cette femme grâce à ces entraves... Ces robes m'ont rappelé ma mère dans les sixties, quand j'étais enfant. C'est comme si c'est elle que j'avais mieux comprise (dans Les Inrockuptibles en 2000). On y retrouve le suc des sensations et décors croisés par lui durant ses jeunes années à Hong Kong, quand les Chinois ayant quitté leur pays en 1949, à la montée des communistes au pouvoir, y formaient cette communauté nostalgique et quasi autarcique. "Mon film n'est pas la captation réaliste des années 60 à Hong-Kong, dit WKW, mais plutôt une évocation de souvenirs, une rêverie. Dans la mémoire, des choses restent et d'autres disparaissent". Il remportera avec ce film le prix d'interprétation masculine à Cannes pour Tony Leung (l'interprète féminine était Maggie Cheung) et le César 2001 du meilleur film étranger. Wong Kar-waï travaille comme Stanley Kubrick dans 2001 l'odyssée de l'espace, dans la répétition, dans la notion d'inlassable. Chow (interprété par Tony Leung) le dit lui-même à l'oreille de Li-Zhen (Maggie Cheung), après qu'il l'a fait pleurer en jouant le rôle de son mari qui lui avoue qu'il l'a trompée: "Ce n'est qu'une répétition". Les repas à la paille qui montrent la solitude des astronautes valent bien les thermos de soupes rapportées par Li-Zhen (interprétée par Maggie Cheung). Mêmes frôlements, le premier des corps, le second des planètes. Wong Kar-wai dira d'ailleurs lui-même de ses personnages : "C'est comme deux orbites: elle a sa trajectoire, il a la sienne, et les deux orbites se croisent. C'est la vie: nous habitons des étages différents et parfois, il y a intersection, collision des trajectoires ou des destins". Le scénario de In the mood for love est de Wong Kar-waï mais il modifia son travail au montage en coupant une grande part de ce qui faisait sens, linéarité, clarté, pour atteindre à une forme plus proche de la suggestion. Ainsi, comme on peut se demander si l'on rêve la fin de 2001 l'odyssée de l'espace, on peut s'interroger sur la matérialité du dénouement de In the mood for love où la portée méditative du film atteint son apogée dans les ruines du temple d'Angkor. En 2004, Wong Kar-wai est de nouveau à Cannes avec son film 2046 qui porte magiquement les ombres de In the mood for love et continue de convaincre ses aficionados de son talent obsessionnel, universel et intemporel. Son titre est le numéro de la chambre d’hôtel occupée par l'écrivain joué par Tony Leung, qui écrit un roman de science fiction : 2046. Gong-Li, Zhang Ziyi et Faye Wong et, bien sûr, Maggie Cheung hantent son espace, sa mémoire et son inspiration, contours inaccessibles et pourtant mouvants, semblant parfois s'offrir pour mieux échapper à son étreinte toujours reportée. Il met ensuite en scène de façon si sensorielle la troisième partie du film Eros intitulée La main - comble de l'érotisme refoulé du personnage masculin face à la femme perdue, si dramatiquement interprétée par Gong Li, son autre égérie, dans le rôle de la prostituée Miss Hua, et par Chang Chen dans le rôle de Zhang, tailleur talentueux et sacrifié à cet amour impossible - dont les deux premiers volets sont réalisés par Michelangelo Antonioni (Le périlleux enchaînement des choses), et Steven Soderbergh (L'équilibre). Prochaine sortie internationale, The Lady from Shanghai, produit en 2005, un drame se déroulant dans les années 30 avec Nicole Kidman. Wong Kar-wai présidera le 59e Festival de Cannes du 17 au 28 mai 2006.

Note : A propos de In the mood for love : "Les dialogues, Kar-wai est soucieux qu'on les respecte. Mais dans notre façon de bouger on fait ce qu'on veut. A la fin, lorsque je vais dans la chambre de Tony et que je fouille partout, j'ai décidé de tout. Dès qu'une scène ne comporte pas de dialogues, on est très libre. Mais sur tout ce qui concerne le texte et la voix, il est très vigilant (...) Il m'a déconcertée. Je ne comprenais pas pourquoi telle ou telle scène essentielle au récit manquait, pourquoi il n'y avait rien dans le film. Comme s'il avait gardé les moments les plus insignifiants de la vie de ses deux personnages ! Je l'ai revu trois fois, et j'ai compris qu'il avait inventé une autre façon (...) Au bout de neuf mois, nous pensions que le film était terminé. Mais huit jours après, Wong Kar-wai m'a rappelée pour que je revienne une semaine. J'ai accepté. Sauf que ça a duré un mois. Et à chaque fois qu'il me rappelait, ça durait un nouveau un mois. Je me suis souvent énervée. Je lui demandais pourquoi il n'était pas capable de décider une fois pour toutes ce que serait le film. Mais il n'y a pas de transaction possible. C'est pour lui la seule façon de procéder. Il trouve le film en visionnant les rushes. Il a besoin de visionner les images déjà tournées pour en imaginer d'autres... (Maggie Cheung dans les Cahiers du cinéma).
"À cette époque, à Hong-Kong, les gens vivaient les uns sur les autres, faute d’argent, avec la peur du qu’en dira-t-on, le regard inquisiteur des voisins. Sans aucun espace propre pour développer leur relation… Peut-être qu’aujourd’hui ils auraient pu vivre leur histoire. » (Maggie Cheung interviewée par "Les Inrockuptibles" en 2000).
C'est sans doute tout ce qui fait ce glissement sinueux des "mélodies" de Wong Kar-wai que certains accusent de maniérisme quand d'autres ne s'en lassent pas, réalisateur qui nous abandonne toujours avec ce message qu'il s'en serait fallu de si peu pour que tout advienne que peut-être le plus fort est advenu, la trace indélébile des passions interdites cachée quelque part dans le monde, au creux d'un mur, au son d'une musique, au souvenir flottant du bruit d'un pas dans un couloir venteux aux reflets rouges.

Filmographie principale :

Réalisateur - scénariste:

2011 : The Grandmasters (Réalisateur, Scenariste)
2008 :Les Cendres Du Temps Redux (Réalisateur, Producteur, Scenariste)
2008 : The Lady From Shanghai (Réalisateur)
2007 : Chacun Son Cinéma (Réalisateur) de Aki Kaurismaki, Raymond Depardon, etc.
2007 : My Blueberry Nights (Réalisateur)
2004 : Eros (Réalisateur)
de Steven Soderbergh, Wong Kar-wai, Antonioni
2004 : 2046
2001: In the Mood for Love
1997: Happy Together
1995 : Les Anges déchus
1994 : Les Cendres du temps
1994 : Chungking Express
1991: Nos Années sauvages
1988 : As Tears Go By

Scénariste:

1990 Return Engagement
1988 Walk on Fire
1987 The Haunted Cop Shop
1987 Flaming Brothers
1987 The Final Victory
1986 Goodbye My Hero
1986 Rosa
1986 Sweet Surrender
1985 Unforgettable Fantasy
1984 Silent Romance
1983 Just for Fun
1982 Once Upon a Rainbow

Producteur:

2002 Chinese Odyssey
1997 First Love – The Litter on the Breeze
1993 The Eagle Shooting Hero



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